Le pays et son étranger
Étranger tu n'as pas eu le courage
A la source de tes bras et de tous tes membres
Tu criais ta joie
Sale enfoiré, des fois tu jouais à qui va être le méchant
Et tu as gagné pendant quelques jours
A la fin tu ne pouvais dire mot
Tu t'es caché sous tes airs
De Gaulle préférait la nation entière
Alors on t'a laissé
Mais tu avais placardé
Sur ton magasin
Pas de juif dans mon bain
Tu es l'inique et tu étais homme
Comment pouvais tu croire en Dieu
Tu aurais dû connaitre Ashem
Plus clément à mes yeux
2012, sur l'aryen
La boule de nerf
une boule de nerf
s’aligne sur le reste
le monde
une boule de nerf
produit de la surenchère
le temps s’invente normal
L'écriture de l'article sur Tsetaeva et Bonnefoy
Infatigable de procrastination
L’article sur les rythmes de Tsvetaieva et Bonnefoy
Coule soudainement au dedans de ma gorge
Dans un cri hors pair où nullité
Et plénitude s’arrangent
Comme elles peuvent m’étouffant
Avec l’allonge du café
En un désert de signifiance chelou
En une possible étape qui
Tout à fait faisante
me fait me détester.
Puisque le Travail m’inquiète
Je m’inquiète à mon tour
Pour de bon – Oui –
Non pas de l’incréé
Plutôt de ce sentiment :
M’en voudra-t-elle ?
Celle qui ne me reconnaitra plus
Si un jour je la croise vers Filles Du Calvaire
Me voudra-t-elle ?
Celle que j’ai guélar sous un poème ?
Alors :
Retirer des moments
Aux jours
Et des jours Youtube
Et des heures de masturbation
Et des minutes où l’on ferme les yeux
Retirer un regard
Au café
Où l’on se voyait
Où l’on se dévisageait
Où l’on s’aimait
Alors :
Je regarde derrière moi
Nulle trace de procrastination
Avec Sabrina
Mais – mais – mais
Je ne pouvais plus
Lui prendre pour lui donner
Mais je ne pouvais plus…
Bonnefoy me dit – ce vieux connard - :
L’oubli a recouvert ce peu qu’ il fut
Sans âme – bête à deux têtes du regret et du désir
L’une se retournant
L’autre ouvrant sa gueule – signifiant
Ce qu’un être découvre
Lorsque apparaît l’essentiel transformation
Ce renouveau de lui-même par
Le truchement de cette pure décision consciente –
Puis
Marina Tsvetaieva en bonne Russe
N’indique à ma conscience
Aucun angle
Aucune concavité étrange
Seulement l’insomnie qui recouvre
En un écart et son contraire
La présence toute passionnée
De la brûlante Chloé !
Alors si cet article
Ne veut pas encore féconder
Les pages blanches de mon carnet
C’est peut-être parce qu’il faut du temps
Pour ouvrir les yeux
Distinguer la métamorphose de la rumeur des jours
Cette nouvelle façon d’accepter le Réel
Le matin sous un angle inédit
Puis de les fermer – ces yeux congestionnés –
Sur ce poème
Qui va s’éteindre
En ayant eu ce désir
D’inscrire sur l’arbre – pour vous, huit tout au plus –
En cette heure volée
L’Art et l’Éternité d’écrire
Pour mourir puis aimer.
PERSPECTIVES POUR UN TEXTE – MI OCTOBRE 2016
Dans le salon d’un mort j’écris. Pour qui ?
Pour le comédien. Le comédien c’est qui ? Peut-être aurais-je le début de la réponse lorsque je me branlerai tout à l’heure.
Dans ma petite chambre avec mes petits livres et mes petites mortes blanchâtres. Car la jouissance est un oubli de soi, l’objet n’existe pas, il n’existe que lorsqu’il s’absente, disparaît.
Lorsqu’on lit un bon poème on endure la présence du Sujet qui a dévoilé le poème en le confondant avec un lieu. C’est ce lieu qui est le poème, le Sujet s’efface lorsque le poème arrive à son terme et que nous lecteurs nous éprouvons le désir et l’actons en s’installant dans le poème ; le désir du Sujet disant. Le poème d’Apollinaire n’existe que dans la présence et l’absence d’Apollinaire et de l’absence puis la présence de notre lecture, de notre investissement.
Le comédien c’est donc celui qui s’installe dans la jouissance en détruisant la Main de Dieu dans l’anecdotique Réel ; la jouissance en faisant disparaître la main de l’artiste.
*
Je découvre que je suis jeune, que j’ai beaucoup de choses à endurer pour écrire, pour vivre dans la perpétuel donne artistique. Faire avec le jour. Ne pas s’oublier. En cela, profondément aimer l’existence, la déraison de l’existence, l’arbitraire de l’existence, l’anarchie des débuts.
*
Place au jour. Il est 17h49. La rue grouille par la fenêtre de la morte. Ils sont là, tous, s’indiquant les chemins, respectant les passages cloutés, arborant fièrement leur minable petite douceur à qui veut le voir. La vie est un calvaire. Ils sont petits du 5ème étage, ridicules, abjects. Faut-il que je les haïsse ? Finalement ils ne sont que des humains. Ce ne sont pas des peintres, des musiciens, des poètes, des scientifiques, des hommes d’états, des conquérants, des animaux.
Ils sont définitivement humains les fils de putes. En cela ils sont haïssables.
*
Aujourd’hui la pluie s’est présentée à mes oreilles (encore engourdies par le silence de la nuit) lorsque je me suis réveillé vers midi. Elle crépitait sur ma fenêtre. Puis après 58 cafés je suis allé au cinéma voir Une fille inconnue, je suis parti au bout de quelques minutes tant les Dardenne m’assommaient avec leur réalisme en transit dans leurs colons, toujours minables, toujours proches de l’œil des petits hommes avides de scénographie plate, pas trop compliqué à endurer, à produire encore. Le film était tellement nul. Je suis sorti du cinéma sous la pluie qui avait continué de tomber sur Paris.
*
Pessoa m’émeut. Son rythme lent, presque pâteux mais tellement sûr de lui, est à chacun de ses poèmes liés à la structure du recueil : pensée de l’étrange inquiétude que procure un rapport au réel, pensée du là.
Dans la bibliothèque de Marie j’ai trouvé un texte de Philippe Bidaine sur Pessoa. Le livre doit bien avoir 30 ou 40 ans tant il est jauni. Le design graphique, lui aussi jauni, kitsch, fait penser au livre des années 70 ou 80.
ivre mort
ici jeté dans la tuile de vin
ici perdu le berceau d’anneaux
les mots bourrés balancent
et frappent doucement
sur une Voix
où est-il ? dit-elle
où va-t-il ?
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Je me rappelle à moi, l'unique parole est poétique
Le reste est vomi, déflagration, antithèse
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LES QUATRE HISTOIRES
L'HISTOIRE DU PORTABLE QU'ELLE A LAISSÉ DANS LE UBER
on s’éternise
on se couche
on va voir jarmusch
des couleurs ennemies s’unissent dans la tragédie
la merveille éclot
la plus pure des vies
extraction de la pierre
de folie
comment s’appelle le nom ?
« l’Incalculable »
L'HISTOIRE DE LA FUMÉE DE L'APPEL DU PORTABLE LAISSÉ DANS LE UBER
Et surtout regarder avec innocence, comme s’il ne se passait rien. Ce qui est sûr.
QU'ON L'ENTENDE L'HISTOIRE TRISTE MAIS BELLE MAIS TRISTE
Et qu’on l’entende ce sanglot derrière la table où est posé le bose de Diego qui gravite autour de moi avec une musique qui s’appelle Stay the same de Bonobo et qui est lointaine et un peu lunaire sauf que c’est une lune où aucun pied ne s’est posé.
Et qu’on l’entende l’appel sans retour derrière la fenêtre où les corps tombent comme des nuages de couleurs pourpres (c’est bien ça pourpre comme couleur : on sait pas trop ce que ça représente mais ça fait penser à la noblesse de robe)
Et qu’on l’entende ce Wiko qui va sonner lorsque Behar se sera réveillé et verra le message où il est dit : au noir soleil du silence les mots se doraient
Et qu’on l’entendre l’appel sans réserve de mon lexomil assis contre le mur de ma chambre, attendant son heure, ce fils de pute.
Et qu’on l’entende le bruit du café chaud, ce matin est laid comme du café chaud.
LE SONNET QUE J'AI PAS EU ENVIE DE FINIR
Et l’on m’arrachait la mémoire
et l’on martyrisait mon chaos
/ René Char /
Pris dans le rets de l’habitat,
Les minutes sont des fusils
Et les corps des Opéras.
Et les lampes sont des pays.
POIEN
il manque alors
les rouges
les suspendus
l’attrapent aux lèvres
alors, ce qui est passé à travers lui
le besoin de retenir qui ne gravite plus
autour des lèvres
Pire : une présence
ma voix
semblable au désert,
un jeu
ce qui n’est pas la poème
le langage fait gisement
ce n’est qu’un sentiment entre moi
et l’émigrant de moi
nous jouons avec la peur et le jet du pour-sens
une massive lenteur
elle gagnait
à jouer,
elle.
Plus tard, un évadé leur appris
qu’elle ne jouait pas
mais qu’elle essayait simplement de loger l’ombre
s’exprimer avec la matrice artificielle
qu’engorge l’enfer musical
à retourner les signes
et retourner encore
son désir
lorsque Tamara dit « Il est un Dieu »
elle ne fait rien d’autre
que signer le vide
À Fanny G.
Il a changé
En briques
Des gens
Des maîtres
Des blouses
Des fous
Des morts
Il a changé
En tuiles
Des gens
Des érudits
Des lecteurs
Des fous
Des noirs
Il a changé
En meubles
Des mers
Des poèmes
Des amis
Des alcools
Il a changé
En lui
Des fous
Des croyants
Des blouses
Des personnes et
Des personnes
Il a changé et changé.
Ainsi il s’est fait
Architecte, Dieu,
Servile dans la prison de ses os,
Dans sa sombre maison bâtit par les mots qui signent l’étrangeté de l’habitude.
Pourtant, en l’espace haït des révélations, quelque chose s’est tu en lui-même
Fécondant le sacré du verbe
Cela était.
Je ne dirais quoi ou qui.
Mais tu le sais bien, oui,
Qu’est-ce ou qui.
Au creux de la cheminée, te souviens-tu de mes yeux ?
Lorsque à leur source,
Je jetais un filet dans la mer d’errance et que, sans fin je tentais de me venir en aide
Pêchant un poisson dans les rets d’une algue, puis m’en acquittant en le nommant
Le poisson du sens et du non-sens.
Il était,
Il était en nous.
Celle qui nait de savoir et meurt de vivre.
Celle-là n’était pas un poème,
Ni un jouet,
Elle était une distance sans point de départ ni d’arrivée.
Celle-là était
Celle-là était toi.
Elle était le Tu et le Je pourtant sans territoire, sans langage,
Sans jeu.
T’en rappelles-tu ?
Et te rappelles tu de nos amis communs ?
Et de ta peau tatouée
Et tatouée
Et béante
Cette surface même qui m’aidait à creuser en eux, fussent-t-ils chers à nos cœurs,
Leur ignorance en la marque du hasard dont l’art a le secret.
Anton, Julien et d’autres
Vénérant le manque que seuls
Celle-là qui meurt de vivre par ses yeux pendus à la connaissance de ce qu’est un hasard, une vie, une mort,
Celle-là qui en son espace
Est elle-même, identique et pourtant différente, énigmatiquement étrangère aux Concessions à la meute qui en elle distribue le réconfort attendu ;
Et celui-là qui n’écrit que dans le sentier étroit battu par elle,
Ces deux corps qui se suivent, propulsant le sens et le non-sens dans l’intime de leurs regards emprunts de douleurs de ne pouvoir se fixer, considèrent le manque comme absurdité.
Car ne participait au vide le monde, sauf eux.
Te rappelles-tu de nous au creux de la cheminée ?
Où tu ne me laissais aucunement te circonscrire dans le si peu
Ou dans le pas assez ?
Où tu ne me permettais pas de me faire
Architecte ou Dieu car pressée par la fertilité de la graine du lierre, de sa vélocité en sa génération,
Tu m’enjoignais à ne pas rebâtir mon entière prison d’os :
« Cela ne sert plus à rien, regarde ce lierre, il s’étend en l’air si vite,
Si magistralement, qu’il n’a pas besoin de tes doutes, de tes geôles
De ton corps, de tes os ; il grimpe vers le sens et le non-sens du secret. »
Cela je l’ai écouté.
Cela provenait de tes lèvres,
Et c’est cela qui m’a rendu étranger aux bruits rigides de mes os,
Car ton secret, en son voilement et son dévoilement m’a fait mieux considérer
Ce qui doit exister.
Et je n’entends désormais plus craquer de mille façons, de mille mots assourdissant cette prison,
À sa place j’y ai bâti un temple dont les fondations sont immémoriales et secrètes
Pleines de toi jusqu’à moi et de moi jusqu’à toi, de sens et de non-sens. De vie.
Ne reste que le végétal et son hasard ainsi que le principe de sa vie, son errance, et de sa mort, sa sincérité.
Choses que tu connais si bien.
Cela,
Je le sais.
Je n’écrirais désormais plus pour bâtir ce qui peut exister, mais pour me recomposer, tel le secret dans le secret de notre secret.
Antonin.
