Note de Deleuze sur Foucault, Réfléchi
Le désir est ce qui demeure toujours impensé au cœur de la pensée
Moi je dis : / Le sujet se projette toujours dans un « à penser » de son désir, sa pulsion doit avoir des bords, même inconsciemment perméable à la pensée en tant qu’elle pourrait penser le vide, c’est-à-dire son désir /
Réfléchi sur Mallarmé
« Rien n’a eu lieu que le lieu » / Mallarmé /
Le poème est retourné sur lui-même, il est néantisation à défaut de suicide, destruction absolu, acte absolu, il prend la forme d’un scepticisme poétique. Une annulation interne du poème. Un discontinu qui va et vient sans revenir avec sa négativité : « la rose absente de tout bouquet ». La rose est néant phrasé par le poème et le bouquet réceptacle insatiable de la mère que l’homme-Mallarmé admet comme forme amorphe. C’est l’Idée, c’est-à-dire ici la rose, qui manque puisque le Néant est l’unique solution au conflit du langage se parlant lui-même – le poème parlant du Poème.
La parole et la castration
Cette crainte de l’autre, cette parole morcelée, cette attention particulière de ma faiblesse voire impossibilité de penser et d’émettre avec l’autre ou contre l’autre quelque chose comme du sens, est présent lorsque je suis chez ma mère. Les gens me font peur. J’ai peur. Pourquoi ? Ma mère m’empêcherait-elle de parler ? De converser avec quelqu’un d’autre qu’elle ? Pourquoi cette douleur ? Merde, j’en ai marre d’avoir peur, d’avoir peur de me couper la parole moi-même. De ne pas prononcer les mots interdits. J’ai peur de la relation à l’autre. Je suis trop attentif à l’autre en son aspect menaçant. Quelque chose s’élève en moi tout en restant raide et bas, dans la boue du réel. Ce qui s’élève c’est la crainte d’être dans la boue. D’être de la boue, de la merde. De ne pas avoir droit au langage. D’être infirme à l’idiome. Je me bats contre des moulins, ça je le sais, et en même temps je sens que c’est nécessaire et implacable. Comme ce poème : Je suis vivant, ça je le sais/ Mais je suis mort, ça je le sens.
Il y a ce savoir de la mort perpétuellement remis au jour et cet aspect sensitif de la mort dans le mot sens, le sens. Je meurs dans le sens. Le poème pourrait se transformer. Je suis vivant ça je le sens / Mais je suis mort ça je le sais. Le savoir que j’accumule se disperse, se morcèle en éléments, contenants diffus et vides, j’agonise de savoir. Je me retrouve au pied du mur, le ventre serré, comme Socrate (qui lui était sage alors que moi je suis fou) à savoir que je ne sais rien. Cette base, ce non-savoir, ce néant, ce vide, ce rien. Ce Je n’ai envie de rien. M’occulte l’autre, ou le remplace. Lorsque je suis avec l’autre je suis seul avec ma psychose. L’autre est un contenant pour ma psychose. Il n’est rien en lui-même. Je lui attribue seulement des qualités intrinsèques à ma propre angoisse de vide, et donc de ridicule dont il sera le témoin. Il me coupera les couilles. En fait son reflet me coupera les couilles. Car je sais, qu’à un état limite je me ressaisis. Je ne suis pas assez fou pour ne pas prendre conscience que l’autre, à la fin, n’est pas un ennemi. Que tout cela est juste une projection inconsciente. Mais le psychotique, le morcelé ne sait pas faire corps, faire mur ou plutôt mur de squash dont la balle rebondit entre chacun, c’est-à-dire pas un mur de silence. Un mur de conscience pure, qui exclurait pour le temps de la conversation, de la relation sexuelle, l’informe pulsion psychotique qui scinde le temps de la parole entre le commencement d’un énoncé, sa coupure, et l’extrême angoisse que la coupure a représenté, représente dans la situation avec l’interlocuteur. La coupure. La castration peut-être. Je suis un castré de la parole. Et ceci à chaque rencontre intérieure avec un stimuli extérieur qui m’angoisse, à chaque prise de parole lors de l’échange avec quelqu’un, chaque intervention dans la discussion de groupe. Ce qui m’amène à dire que je suis seul. Entièrement seul. Et je le sais. Et je le sens. Le sens s’estompe. La vie s’arrête.
Sartre
Le terrorisme de la politesse
Réfléchi sur la lecture
Et de lire. Pourquoi ? La réponse surement se trouve-t-elle après avoir lu. Après c’est aussi avant. Chaque jour. Chaque heures pleines ou creuses se jouent entre l’avant du lire et l’après du lire ; c’est une voie oblique. Et puisque écrire en est la condition, un travail maladif et heureux. Le livre dégage un univers que l’on s’approprie en vue d’une implosion d’un principe de plaisir enfin débrider et producteur d’un sens jubilatoire car il devient connaissance, accroissement, agrandissement de la pensée. Lire pour savoir ce qui se déroule une journée où on ne lit pas, où la pauvreté sensuelle s’annonce dans l’ennui et le désarroi. Où l’on est bègue ; comme exhalaison de discontinu dans le discours. On lit pour retrouver le mot, pour trembler juste. Cela suffit à la distraction mais surtout à l’impératif de l’humain qui doit, chaque jour, comme un chameau se charger de sens, d’eau pour que les psychologies du corps se raidissent un temps devant une nouvelle idée que le livre et que l’os, la substance craque de satiété ; C’est bon, j’y suis ; je peux désormais la pendre, l’écrire, la donner : l’expérience intérieure. La projeter même, la laisser se pulvériser contre le miroir du sens toujours déjà-là, auparavant de la possibilité même de la lecture. Un signe qui était amorphe se désengage de sa pulsion génitrice afin, avec le livre et l’écriture qu’il promet, d’élaborer dans un champs moins foutraque ; c’est-à-dire que la gueule devant le miroir prend forme lorsque le mot signifie quelque chose au plus profond de toi ; mots, vers, théorie qu’importe pourvu que ça balise cette informe des jours. Lire avant de lire, c’est ça écrire ; dérouler par l’écriture l’expérience personnelle qui se confond avec le mouvement, le dialogue entre l’écriture d’une personne et le livre qu’il va lire ; qu’il a presque déjà lu ; qu’il a toujours déjà lu. Et toujours dans cette oblicité limite que de lire pour se retourner soi-même, devant la paradoxe suprême d’un poème : La rencontre avec l’extérieur, un extérieur qui inquiète par la sanction normative qu’il inscrit dans l’esprit, un rythme sur lequel on s’appuiera désormais, et un pathétique intérieur nourrissant le désir de sens sans vouloir être trop entravé par lui (le sens)
Le dialogue avec le poème libère de la pulsion destructrice de ne savoir où l’on mets les pieds chaque matin au lever du lit. Lire c’est nous raccrocher a du sens, l’espace sémiotique du poème (par exemple) joue avec l’entendement et le principe de plaisir que de l’avoir éprouvé dans toute la grandeur dont il est capable et dont nous sommes les sujets poreux et attentifs.
L’institution biblique en est la preuve universelle.
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Sur Kristeva, sur la femme et sa pensée et mon rapport à elle
Plus je lis, plus j’écoute et aussi plus j’écris sur Kristeva ;
J’ai l’impression d’être coextensif dans ma conscience et mon inconscienct à sa personne, le langage joue le rôle de liant. Je me fonds en elle, je suis elle à la nuance près qu’elle me fait m’explorer elle-même en moi. C’est-à-dire que je suis elle, en m’explorant moi. Il y a Kristeva en moi, différemment.
Julia Kristeva me rend compte, par les anecdotes sur sa vie ou les théories conceptuelles qu’elle déploie, de mon moi ; toujours en fonction d’elle. Plus précisément ou plus abstraitement, les académiciens me corrigeront, je deviens Kristeva à chaque moment où je pense, car, comme une mère, bien que très symbolique, elle me guide et me protège contre un dehors menaçant. Un dehors incompréhensible. Elle est ce réceptacle à ma nature angoissée. Comme l’enfant avec sa mère, et je le comprends mieux tout en l’écrivant, je pénètre dans l’intimité fantasmé par mon psychisme, cette intimité de Kristeva qui me rassure. Son boudoir bien rangé. C’est une mère et une enseignante. Ce qui revient au même.
Le langage de Kristeva me permet… Je parle de langage au sens de tout ce qu’elle me permet de signifier en moi-même, pour me comprendre… de me reconstruire sur des bases solides. Sorte de cogito cartésiano-husserlien re-morçelant mon esprit. Le Poème. Le mien, c’est-à-dire ma vie depuis 10 ans est écartée un moment pour revenir soigné, chouchouté par mon inconscient le temps que ma pensée soit guéri par la parole de Kristeva, sorte de mère d’un jour.
Elle enseigne le langage et j’ai plaisir à l’écouter. Elle ne scinde pas sa parole comme moi dans mes moments d’égarements, ces moments de nuit à moi-même où l’obscurité ne cesse de se faire présente malgré cette lumière lunaire, satellite intouchable et intérieur qui m’éclaire parfois… du reste, peu souvent. Puisque cet éclairage me lasse de me faire corps enluminé au sein d’une peur nocturne, pressante et puissante, éclairage morbide, seul dans un champs de signes indistincts à être éclairé, impuissant. Et cette lumière m’ouvre sur mon angoisse de néant : sens absent car langage corrompu.
Kristeva illumine comme le Soleil. Cette fois-ci tout est visible, quoique sous-jacent parfois, mais d’un sous-jacement qui se révèle comme pensée, langage, vie, extension de mot en mot, de couleur en couleur, de travail en satisfaction.
L’aspect de sa pensée qui se penche sur la sémiotique, qui est tout du moins un langage de toutes sortes de choses comme la poésie ( ! ), la chora enfantile ou un statut Facebook m’aide aussi, me permet de me concevoir moi-même comme réceptacle à des information extérieurs prétendument insignifiante en une énorme encyclopédie d’un réel extérieur, précise dans ses gestes et ces procès de signifiance, de démarcation, de démarrage et de finitude du processus de pensée apparemment différent à chaque fois mais dans sa différence se noue une unique chose : un langage et son sens.
En somme Kristeva me soigne, je l’ai dit. Me réconforte, je l’ai souligné. Et prend la place symbolique d’une mère, chose dite. Ainsi je me greffe contre un corps biologiquement vide et symbolique par l’écoute, l’attention, la lecture, l’écriture et la joie d’avancer peu à peu sur le sentier qui me mène à la guérison d’une conscience auparavant orpheline et douloureusement vivable, sentier béni et convoité.
Citation
« Complétement détaché de ce moi auquel cela arrive »
/ Giacometti / 1963
Sa sculpture intervient comme esquisse d'un corps désentravé de sa propre connaissance. Détaché de l'ego, c'est à dire de l'esprit créateur ; sculpture qui se grave dans la matière d'un autre.
Dit su Oeuvre : Renoir, Baigneuse
l’une souffre de rire
de l’écume
de la mer, rage
de sourire
l’autre se noie
dans la haine
d’un ciel évident
que dire de moi
dans ce ciel silenciant