Écrit dans le studio de Sabrina à FRANCFORT SUR LE MAIN
ce meuble, ce lit
cette lampe
je les remarque comme
s’ils étaient pour moi
des preuves allemandes
des évidences particulières
d’un pays particulier
et c’est pourtant
faux et c’est pourtant
rigoureusement en moi
sans preuves, sans assurances
ils sont du quotidien irréductible
à un pays un lieu-dit
des trous vers des noms comme allez, au hasard
antonin, simon
des trou de vers
de l’immesuré, de l’incalculable
du magique en haut en haut
mais les yeux remarques l’apropriété
de ces choses leur vivace et bel aujourd’hui libre
et pourtant il y aurait
il y a
un propriétaire
ce sont des propriétés allemandes
de l’extérieur
de Goethe de Holderlin
De Celan et de Sabrina
j’existe à l’envers
d’abord les choses
puis les preuves des choses.
J'ai avalé mon enfant
J’ai ouvert les yeux dans le noir
Je me suis levé vers 6h30
Il n’y avait rien à dire
Le parfum de la cigarette
L’odeur du café
Il n’y avait rien à dire
J’ai lu l’autobiographie de Hans Hartung
Je n’en avais rien à penser
Je me suis demandé avec qui j’allais fêter le nouvel an
Je ne savais pas
J’ai ouvert la fenêtre en grand comme un toile de Twombly
Il faisait nuit je n’y distinguais presque rien
J’ai ouvert un cours de linguistique
Je ne comprenais rien
Et ça m’a cassé les burnes
Sous un voile de méfiance
J’ai décidé de manger du foie gras
J’ai mangé du foie gras en avance
J’ai écrasé ma cigarette et fini mon café
Et je ne savais pas vraiment quoi en penser
Sinon que le café était fini et la cigarette aussi
Je me suis étiré
J’ai décrit le salon à un ange
J’ai passé le corps au poème
J’ai avalé mon enfant
Et je ne savais pas trop quoi en penser
Je me suis ennuyé
Alors j’ai refait du café
Et j’ai rallumé une cigarette
Tout ça devenait incompréhensible
Je voulais vivre autre chose
Quelque chose de plus simple
De plus fort aussi
Alors j’ai tapé une grosse trace de coke
Et je me suis levé
J’ai descendu l’escalier
Et j’ai profondément respiré l’hiver
Quelque chose arrivait en moi
Je suis allé au bistro boire un allongé
Et j’ai discuté avec le barman
On était content
On a parlé du nouvel an
J’ai trompé un éléphant
J’ai pensé à mon travail sur Hans Hartung
Et ça m’a enjaillé grave
Je suis remonté écrire
Quelque chose de vide arrivait
J’ai caressé mon chat
Il a ronronné
Il m’a pris à la gorge
Je suis trompé sans comprendre pourquoi on tombe
Et à cause de tout ça
Ma bouche s’est ouverte
Et j’ai crié de bonheur
De
bonheur
le piège
comme une animal blessé
au lieu qui allait être celui des révélations
poésie
le premier jet est tout ce que je peux donner
La maladie
la paranoïa est une intensité solitaire . elle noue ses objets dans une machine.
la paranoïa est chose statique et
elle est effet de sens total dans le métal.
le sens total du perceptible n’appartient qu’au malade et,
malade est sourd
malade est muet
malade ment lentement
il y a une histoire vraie dans l’aventure fictionnelle
l’histoire vraie est un amas de signes
l’histoire fictionnelle est leur assemblement rouge
rendre sa liberté au réel sans se cacher de l’expérience des vagues
qui retournent les lieux
comme l’éponge du cerveau
retourne ce qu’il voit plus
ou plutôt ce qu’il
l’entreprise paranoïaque prend tout le temps
dans la multitude il y a de l’anormal
il y a une histoire vraie
trop vrai
la vie écarte bien les jambes
et le labeur des moments inentamés
si lourds
la salle d'attente du docteur harros
je regarde les gens dans la salle d’attente. je lis prigent je lis les visages dans la salle
un mouvement. extrême lenteur fond dans ma gorge. flippé. cette lenteur
rouge et cette vitesse qui veut crier dans le bain.
je suis assis sur le fauteuil. j’épie. je m’arrête pas. une cheminée dans la peau
une région des intensités en moi. l’heure est à moi. l’heure de ma peur. que ça déconne
que l’intensité est non mon point de chaleur. la région concrète c’est que je tremble c’est que je semble. pas être celui. lui celui qui épie la rougeur des visages. les visages dans le mien. je suis assis sur le fauteuill
réfléchi sur la vérité 2017
Où il y a de la vérité, il y a des cadavres. Où il y a de la putréfaction il y a de la vérité
La vérité est un pli, elle n’est pas une feuille dressée, avec ses nervures. non, la vérité c’est le moment d’inattention, le moment où il se passe quelque chose dans l’absence. L’absence est productrice de vérité, elle balance de la vérité lorsque on ne regarde plus. Où nos yeux ne voient pas le corps. Dire la vérité n’a aucun sens. Essayer de dire l’absence c’est essayer de rentrer dans le pli. De l’ouvrir alors qu’il été plié dans un coin du réel.
La poésie c’est l’absence toujours renouvelée, toujours dans le pli qui se forme perpétuellement, être absent,
c’est être réel
Réfléchi sur l’art 2017
En produisant une œuvre d’art l’artiste délimite en quelque sorte sa conscience à la partie de l’œuvre à laquelle il se consacre. Ce n’est qu’en mettant ces limites à sa conscience qu’il est présent au tout de l’œuvre. Le reste est comme un résidu inconscient, j’entends par « reste » la tendance qui fait la totalité de l’œuvre en cours.
Ainsi un cinéaste, dans le dialogue qu’il écrit ne supporte en son conscient seulement le dialogue en lui-même (il le limite à lui-même) et ne porte l’œuvre qu’en réserve supérieure, une idée qui le conduit depuis sa première « intuition » quant à son travail présent (son œuvre en train de se faire)
Je voudrais ajouter que lorsque le peintre figure un visage dans un tableau, il pense un visage, il fait « présence » au visage plus qu’au « tout » du tableau qui est lui-même en ce visage. Il se limite. Et c’est dans cette clôture qu’il retrouve le tout : la pensée-action qui faitle visage retrouve le « tout » dans la limite même. Il s’emploie à l’illimité.
On peut dire de même d’un concept dans un système philosophique.
L’inconscient joue un rôle prédominant en tant qu’il supporte et protège le principe de l’œuvre totale en laissant répit au producteur, un répit diurne si je pourrais dire.
Rendre ivre un animal
rendre ivre des animaux
un animal ivre
un animal qui accède à la drogue humaine
à l’alcool humain
Un animal ivre c’est un humain, non au sens qu’il serait insensé mais au point où il atteint une certaine perfection opposée à la nature
Rendre ivre un animal pour se l’approprier
Rendre ivre un animal pour le réduire à sa propre humanité
Rendre ivre un animal pour le sentir plus proche de soi
Tuer un animal
Les yeux dans tes mains
Pour Doriane
Je me penche. Désert selon quelque autre cendre
Que soient tes mains guidant l'impatience de feu
Il se forme, il saisit corps moi tes ailes
Où se déchirent mes mains de feu (lorsque je t'ai examinée)
Je me penche. Mains voilà les mains coûte croûte de mains
En impatient comme l'enfant que la tristesse envahit
Qui qui se mord la lèvre, et qui se retourne
Tu es partie, je t'ai regardée, et voilà j'ai la rumeur de ta terre
En moi, vers moi, pour moi