Anoushka
Anoushka
j’ai oublié les clefs dans la voiture, l’instant sera mon interprète
je vais m’abonner au magazine le matricule des anges
et l’aurore s’incline sur ma trace
demain je verrai bien s’il y a urgence pour l’anaphore
j’ai les clefs elles sont dans ma main
et le temps s’est réfuté je lirai des articles de littérature contemporaine
tout sera tranquille et bien mis
population et trisomie quatre arrêtes pour un carré trois pour le triangle
combien pour l’adolescente ? elle ne lira pas.
méprise si formidable donc l’anaphore n’est pas insituable dans l’espace précipité
du poème
je lirai des articles et le temps s’est réfuté
j’ai bien un enfant oui sûr de ça
brève est la couleur à l’aune du regard
c’est elle elle ne me lira pas mais j’avais les clefs dans la main
j’ouvre la porte arrière c’est encore un nourrisson
l’instant est mon interprète je lui dit que je l’aime elle n’a que six mois
comme un guarani je pose des ponts sur les rivières
afin d’accueillir sa phrase, je la sors de la bagnole je la prends dans mes bras nous montons dans l’ascenseur dont l’annonce du cinquième étage est une probabilité que je ne néglige pas nous arrivons au cinquième étage elle est dans mes bras ronds
ma mère est présente à l’intérieur de la méprise formidable si formidable elle dit « bonjour ninoush » nous rentrons
je me suis habitué à porter l’eau sur mon dos cible silencieuse
les ponts sont construits elle commence à parler pas d’inquiétude
comme un guarani je m’occupe de son arrivée au monde
je lui donne le biberon je n’ai pas de problème avec ça ça ne me dérange pas je fais acte de parole en lui bouchant la bouche pour la nourrir
elle voit dans l’éclair d’un regard que je ne suis pas quelqu’un d’immédiat
Elle sent l’Enfer
nous ressortons tous les trois au parc « tout le monde prenait l’air
De trouver ça vivable
Je décidai donc de ne rien dire
J’appris à vivre heureux parmi les miens
Je ne me connaissais pas d’ennemis »
brève est sa couleur à l’aune du regard
y repenser déjà dérobe l’instant
elle est blonde blanche petite
je prends un coca elle dort dans la poussette
le problème des clefs n’est plus de mon ressort
tout ce que j’ai vu m’échappe mais un sens
il y a un sens
alors je retourne à l’objet
indiqué plus haut
fille blonde blanche petite
m’échappe en dormant je m’endors à mon tour
inaugural
et l’espèce humaine a compter il y a six mois une addition
c’est le rêve
la couleur sa couleur l’instant sera mon témoin
je la regarde je vais m’abonner au matricule des anges
elle ne me lira pas
Baudelaire et Supervielle
le régime injuste de la poésie
Seul est le régime injuste de la poésie. Injuste car déplacé, et cela à chaque instant. Pizarnik cherche l’aube, je cherche le mouvement des petits crépuscules ; Allez ! Ce n’est pas la poésie qui rabote, taille la vérité : c’est la vérité qui use de son charme navrant sur la poésie. C’est à posteriori que se trace le champ. Lorsque l’on est heureux de la Fabrique. A chaque instant une césure de l’image, image instantanée, collée et horizon fixe. Alors le mouvement des petits crépuscules sans envergure. La vérité draine le faux, et c’est l’absence des signes et balises qui produit la poésie : elle, doucement, protège le Nom.
Poésie de Dieu
Poésie de Blanchot
Poésie, l'Infini Entretien
Je lis phalliquement
Le poème et le photographe
Choisir entre le brut et la chair. L’écriture diffracte la raison, ce choix susdit c’est celui du pari entre le raisonnable et l’arraisonnable (ce qui veut se maintenir sans raison). Écrire un poème est une expérience qui a lieu dans l’un ou l’autre. Les mauvais poèmes appartiennent, vous l’aurez bien senti à la première catégorie – même si dans l’histoire de la littérature la raison a pu parfois faire grand bien.
Le brut raisonnable, à polir certes mais à engendrer d’une pensée dialectique, symboles puis référent, réalité nommée du dehors. Extralinguicisme.
Lorsque j’écris, je ne sais plus bien qui je suis, le monde des sens se troublent, Rimbaud l’a dit comme Lautréamont, et le clavier allumé est le réceptacle à des rites antiques que je sais savoir tout en ne les sachant pas. Ils apparaissent, sorcellerie du présent hanté par les plis et replis dans la conscience universelle et génétique.
Rimbaud veut se faire voyant car il voit qu’il n’y a que le monde invisible qui puisse exister. Le monde catégorisé par le concept n’apporte pas la présence immédiate, la saveur de la nuit froide où pieds et mains liés nous sommes libres et certainement c’est la nuit que les fantômes renaissent et résonnent de leur époque ancestrale. Ou bien devant une église arménienne faite d’un roc solide et de voutes romanes associant l’immédiat au passé. L’espace au temps perdu et pourtant toujours là dans l’étonnement d’une forme nouvelle, qui, en acte, sera objet poétique.
La croissance en nous d’une fureur, lorsque le petit clapotement du clavier dégénère nous le cherchons, je le cherche dans la machinerie chimérique de la langue. Je veux, et c’est assurément une pulsion qui vient d’un autre qui est toujours moi : avoir la pensée du poème, son rythme, sa saccade et un lexique agencé tel afin que ce qui se lit ne se voit pas.
Tout est là. Ce qui se lit ne se voit pas, c’est dans le contre-ciel, dans le dérèglement des sens, dans l’idéalité vide que je me procure la vision d’un poème qui n’a pas de référent. Une abstraction totale, infini, replié sur elle-même, rebondissant sur les autels toltèques et papales, crachant à la Lune et maintenant l’absence de raison (je ne dis jamais mes raisons), l’arraisonnable jusqu’à l’expérience-limite d’un dehors contigüe au-dedans : implosion sacrificielle : qui est beau et n’a pas d’ailes : moi.
Maintenance de l’ordinateur dans la tornade, tempête dans la mer du nord qui amène le limon et la montée des eaux : des pages word remplis : Bruges est bien devenu un port. C’est que pour arrimer la langue il faut se faire navire et les flibustiers sont les mouvements craquants des doigts qui s’élargissent et se rétractent, mouvement anormal, arythmique, mais phonique. Le matin est glacial, tous les matins sont glaciaux : c’est leur but. Leur but est de remplir l’incarnant en prospectives diverses. Tourner les pages de Ponge ou de Quintane et remplir le document word. C’est ça l’avancée de la lame de fond : ce sont les autres poètes glacés morts ou vifs qu’importe pourvu qu’ils pullulent et se ressemblent.
La neige tombe. Je la photographie, instant primordial de l’image pourvu qu’elle n’ait pas de but, elle… L’image photographique est semblable au vers : il en va de l’instant qui ne va vers rien que retour sur lui-même ou au plus profond retour sur le néant. Le vers d’après, la vision non-conceptuelle d’un film, d’un clip, d’une photographie, ce vers d’après l’image reconnue comme ressemblance, icône c’est le cheminement vers la parole.
Image et mots, aqueduc vers le poème, promenade solitaire sur le pan sacré de La montagne magiquede Thomas Mann. La neige tombe et l’appareil, ou les mains, ce qui revient au même creuse une béance entre le néant de la matière et la présence pure d’un acte en creux. Depardon savait distinguer le néant de la ressemblance et la capture du néant revenu au présent.
Une image, imago est, si elle se sous-entend elle-même toujours refus du néant ou bien néant néantisé. Comme les peintres qui peignent ce qu’ils ne peignent pas : Turner, Poussin, Goya…
Le poème a de la chance dont il souffre, c’est qu’il doit rendre compte du hasard mot pour mot. Chance car le hasard est lui-même le tribut de l’homme, de la conscience et de sa liberté mais souffrance car le but est médiat alors qu’on veut acquérir du hasard une connaissance parfaite de ses combinaisons comme l’image le fait en un instant. Évidemment il y a de bons et de mauvais photographe, bons et mauvais metteurs en scène. Mais le hasard est pour eux plus une question de mot mais d’angles. Un angle in situ, le hasard advient, le moment de déclencher la photo puis on admet l’arrivée de la fin d’un hasard enfin capturé, d’une concavité de la matière absorbée dans sa différence, sa hasardeuse différence de ne jamais se retrouver la même.
Je me déchire chaque fois que j’écris entre ce hasard, cette condition qui commande et la complaisance du bon mot. Il est très difficile d’écrire juste car le juste n’est pas le milieu, la règle classique, mais la narration par la parole d’une chose à la place de l’autre toujours en double-fond (comme la peinture). J’écris « vite » et instantanément « vite » n’a plus de vitesse. Il faut doubler le mot « vite » d’une énergie qui se symptomatisera au déclenchement d’une image de la vitesse. Et l’image de la vitesse il faut la trouver. Et c’est compliqué car on ne peut réécrire du déjà écrit, il faut tout à fait inventer.
Le poème est toujours avant tout, il est a priori, il n’existe pas dans le réel comme nous le font croire les bandes de performers qui réduisent l’existence poétique à sa formulation situationnelle quelle qu’elle soit. Le poème doit puiser sa source dans le rien et en finir en « rien » que l’inanité sonore. Il peut être dit, moyen, au plus, d’un exercice pour sentir le rythme que l’aboutissement d’un travail. Il doit rester un dossier mental, qui n’a pas de référent, et si la performance veut absolument situer le verbe sonore dans in situ il doit déployer son retour sur lui, son inaboutissement. Car l’art est inaboutissement de la nature, la mimésis des performances n’est que la nature faite réel d’un poème qui ne doit rien à la nature et se retrouve en lui-même, dans sa présence, dans son angle, sa concavité, sacré du livre ou de l’image du livre.
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Je me lève vers le toit
D’autres se sucent les points noirs de l’oreiller
Je me lève vers le toit
Le café du nuage gris
L’antenne attrape les signes de l’URSS
Geste à peau
Je me vois mal conduire
J’ai des élans de condor
Des brûlures sur le cul il fait si chaud
Je m’envole de Dissay-sous-Courcillon
Les chaudrons sont pleins à craquer de cocaïne
Je signale au lecteur mon attrait pour la cocaïne mon bec
Fume une clope
Allie est là mais rien n’y fait
Je bouge sur la toile
Mes ailes d’or n’en finissent plus d’être de la pisse
Un morceau de sucre palme paille
Mark Twain on m’a dit que c’était bien
Je suis trou bémol remastérisé d’une chanson de La Femme
Sous terre je les connaissais
A l’air c’est du fooding street food frites McDo
Moitié remplie de sirènes moitié remplie de poulpes
Elle est ma sœur de chatté
Chatté moyen de servir l’expression littéral fume
Fume je reviens à la maison de la campagne de la Doriane
J’y retrouve mon bébé street food asian company
Je n’ai pas d’espace entre les étoiles pour prier
Je n’ai pas d’espace entre mes mains
Anoushka est la plus belle chose que
J’ai produite dans ma vie
Elle est tout ce qui résiste à la mort
Elle est ce que l’on appelle la vie
Des hordes de soldats se ruent en 1925 sur les paillettes
De madame paillettes
Marion Cotishit
Le rêve du jeune homme se formule ainsi : assassiné la bêtise de Behar
Le rêve est excausé
Les lois ne sont pas des lois elles sont le fond imaginé par les métaphores
Les limites de mon langage sont les limites de mon ombre
Anoushka dans mon verre
J’ai bu
Je l’ai bu
Dans le garage il y avait un cubi
Je me suis jeté dessus
Je me suis jeté dans la mort
Le drapeau de la mort a virevolté
L’ivresse est au-dessus de moi
Complétement au-dessus de moi
J’ai cessé d’être ivre 3 journées entières
Et maintenant je suis l’homme
Le père
Je bois
Je bois
Et
Je bois par ce qu’il fait chaud
Mais même s’il ferait un temps glacial je boirais aussi
Tous les temps sont propres à boire
Je fais de chez pépé l’endroit où je bois
Dans un immense verre
Où Anoushka flotte
A la surface
Et je ne m’en veux pas
Car elle est à la surface
Elle nage dans le rouge
Comme dans la mort confortable
Elle est confortablement installée dans mon sang
Comme dans la mort
Du placenta que l’on jette
Un jour moi aussi je jetterai mon placenta
Mais je ne m’en veux pas de boire
J’écris
J’insiste l’écriture
Je me pose comme statue de sel absorbante
D’art brutal
D’écrire à sa fille depuis la mort
Qui est tendance et résistance à la mort
Tout ce qui résiste à la mort est la vie
D’Anoushka à la vie il n’y a qu’un pas à faire
Prier deux manières
L’une en buvant
L’autre en étant sobre
La première semble incorrecte
L’autre correcte
La première car on ne boit pas pour prier
La seconde car prier c’est boire
L’eau du bénitier
J’ai des foultitudes d’avances sur le pain
Sur la sorgue
Sur le bidon
Sur la mitraillette
Sur villegenon