Les yeux dans tes mains
Pour Doriane
Je me penche. Désert selon quelque autre cendre
Que soient tes mains guidant l'impatience de feu
Il se forme, il saisit corps moi tes ailes
Où se déchirent mes mains de feu (lorsque je t'ai examinée)
Je me penche. Mains voilà les mains coûte croûte de mains
En impatient comme l'enfant que la tristesse envahit
Qui qui se mord la lèvre, et qui se retourne
Tu es partie, je t'ai regardée, et voilà j'ai la rumeur de ta terre
En moi, vers moi, pour moi
Mon petit-frère
On regarde des photos comme preuves d’un passage. Un passé qui ressurgit lorsqu’on décide de sortir le carton. C’est simple. C’est simplex, on se voit. Et on regarde les différentes photos plus ou moins vite. On s’attarde sur quelques-unes. On passe sur d’autres moins intéressantes. On sourit. Puis on ne sourit plus. Tout dépend des protagonistes. Ou des lieux. Les photos sont diverses. Il y a un tournage. Il y a nous avec nos parents, nos amis, les maisons à la campagne, les jouets, l’enfance. Puis on tombe sur quelque chose qui rebute. On ne sait pas pourquoi. On sent un danger. Un frère. Une petite enfance qui est là. On est nerveux. On palpite. Quelque chose ne va pas. D’un seul coup mon petit frère est là, dans une implosion à l’intérieur de moi. Il est directement là, non pas dans le souvenir mais dans un présent que nous contemplons. Ce passé d’avant les luttes. Je vois avant la maladie. Et on voit la femme. Qui n’existe plus. Qui est dans un cimetière. L’écho de son abandon dans le cœur.
Diego a un large sourire. Je le porte. Il ne doit pas avoir plus de 3 ans. Il est un peu gros. Des cheveux bouclés. Il est en avance au rendez-vous. Il est déjà là. Il attend au café des années plus tard. Il n’est plus le même. Il pleure devant la tombe. Une autre photo dissimule autre chose. Mais on ne sait quoi. Diego et Marie souffle sur le même gâteau. Est-ce l’anniversaire de l’un ou de l’autre ? Je ne sais pas. Je suis là à quelques mètres. Attendant patiemment et sans douleur la secousse qui viendra des années plus tard regardant la photo découverte dans le carton. Je suis face à l’abîme du présent. Un présent paradoxal. Un abîme entre le présent de cette photo où je me vois être grand-frère. Et le présent plus proche. Où je suis un autre grand-frère. Plus soucieux. Plus maladroit.
Diego est en avance au café. Il me sourit. Il a 4 ans. Il joue avec moi. La mère m’a collé des photos de nous dans un album à part. Je lui montre. Il rit. Je me protège de son rire. Je ris aussi. Je pleure. Il y en avait une qui devait disparaître. Ce fut-elle. Je ne comprendrais jamais. Lorsque la mienne disparaîtra ce sera à son tour de rire. De me faire rire. Nous serons un peu plus âgés que sur ces photos. Qu’aujourd’hui. Tout à coup l’expérience de ce passé vécu comme un présent me ranime. Je suis son grand-frère. Je suis celui à qui il ouvrait avec impatience la porte. Je serai à jamais ce grand-frère du 22 rue Dussoubs. Lorsque nous avions l’âge, inconscient de l’enfance et de l’adolescence, de dormir à deux dans la même chambre. Je suis celui qu’il regardait jouer sur l’ordinateur pour s’endormir et auquel je jetais parfois des regards pour voir s’il s’était endormi. Les temps sont chiffrés. C’est ma parole qui vole parmi les âges et les photos. J’aime mon petit frère. Je l’aime énormément. Je le sais. J’en suis sûr.
Je me suicide
Je me suicide.
Je vais me suicider plutôt.
Le long de cet entretien j’en dirais les raisons.
Mais pour l’instant je m’en tiens à la chose même.
Pas vrai.
Impossible.
Trop grosse pour être une partie de la réalité.
Car je n’ai aucune raison de me suicider.
Je vais bien.
Je n’ai pas la sclérose en plaque.
Je n’habite pas le Dakota du sud.
Je ne suis pas un travailleur forcé.
Je ne suis pas dans une tour en train de s’écrouler.
Dès lors pourquoi se suicider.
Je vais manger un macdo
Je reviens
C’était bon.
Par ce que c’est beau.
Les chrétien très pieux s’auto flagellent au fouet.
Les kamikaze japonais l’ont fait pour l’honneur.
Les Merah par dévouement.
Je vais me suicider par ce que c’est beau de mourir
Point.
Mon idée c’est de mourir par pure tendresse.
De me laver les mains avec la rosée.
Je vais me suicider par ce que j’ai vu dans une série quelqu’un le faire.
On va me dire qu’il n’y a rien de beau à ça.
Et bien si.
On se suicide pour retrouver quelque chose.
Une netteté.
Voir net encore une fois.
Comme lorsqu’on est sorti du placenta.
Je vais violer du sentiment.
Excusez-moi pour ce débordement de tendresse.
C’est pas mon genre.
Lorsqu’on pousse du pied la chaise.
Il y a un débordement.
Un contour qui s’agrandit.
Pas qui s’amoindri.
Un contour qu’on comprends alors comme limite du hasard qu’est la vie.
Avec l’apparition de l’homme il y a apparition du hasard.
Avec l’apparition du hasard il y a apparition de l’absurde.
Avec l’absurde la beauté.
Je suis beau et veux mourir beau.
Je suis encore jeune.
J’ai 32 ans
Publié depuis Overblog
LÀ-HAUT, QUELQUE PART
QUELQU’UN ÉCRIT
LA MÊME CHOSE QUE TOI
POURTANT IL N’EST PAS TOI
ET TU N’ES PAS LUI
SEUL LE POÈME VOUS RÉUNIT
TOI TU ES ICI
LUI, LÀ-BAS
SEULEMENT CE SENS DIFFÉRENT
QUE LUI ACCORDE À UN MOT
ET TOI UN AUTRE
ACTE LA FRAGILITÉ DE TOUT
CAR À DIRE VRAI
VOTRE POÈME N’EST PAS UNIQUE
ET SA VRAIE
SA GRANDE PEUR
C’EST DE VOUS RÉUNIR
CAR TOUT POÈME EST EN RÉALITÉ
TOUJOURS SEUL
SEUL DEVANT UN ET QU’UN UNIQUE ET SEUL MAÎTRE
Comme le dit Pessoa
Dans une formidable épochè
Un maintien standard
De Michel SIDA
Et moi je me retourne de ma chaise et je ne vois rien
Ma mère morte me faisait du thé il y a quelques minutes
Tenir c’est prendre du retard
Je lis Celan sa mère Celan est morte d’une balle dans la nuque
Celan est c’est aussi dire non tourné
A partir de l’amande mais l’arbre
Qui fume de thé se dresse
Celan ne dort pas il s’est jeté
Du pont Mirabeau un merveilleux soir d’été
Ma mère morte me ramène du pain avec de la confiture
J’en oublierais même qu’elle est vivante
Est-ce cela tenir comme Pessoa ?
Le venir dans le salon fenêtre ouverte
Le fin’amor
Maman tient elle a du retard
Tient dans ses mains le plateau de fruits de mer
Confits à la vodka
J’en oublierais presque qu’elle a eu un sein en moins
Que l’éponge ait salit ses mains
Et que je n’arrêtais pas de me retourner vers la cuisine afin de voir une ombre
Souriante certes,
Mais gazeuse dans l’entrebâillement
Ma mère est proche de moi
Elle boit quantité astronomique de vers
Sa peau est rongée par le rongement
Elle m’amène du thé je lui souris
Elle sourit à son tour
Je vis au cinquième étage il fait nuit et ma mère me rapporte du thé
J’en oublierais presque qu’elle est vivante
Comme les rats je mange le pain et la confiture
A l’arsenic
Triade
Moi
Nuit
Mer
Mais c’est l’encre qui se maintien droite
S’éteint comme Celan
Gonflé d’eau cadavérique
L’écriture à l’encre appose sur la feuille une minuscule pellicule de mort
Sur le papier quelque chose gonfle et change le chant vierge
En chant grossi d’encre
Entrecoupés de points, de virgules, de thé, d’amande
Je me retourne une dernière fois
Un tatouage posé sur mes doigts
La nuit pose et repose ma mère est là
Elle m’apporte du thé puis basta
Seule la raison me manque et tendu
D’une tasse flambée à la vodka
Les os de Celan sont à Cernowitz
Ma mère est une nuit qui ne s’en va pas
M’amène le jour enfin qui se réveille
Je n’ai pas écrit
J’ai décidé
Et c’est bien ainsi
Car
Tenir c’est prendre du retard
Je ne tiens plus la tasse de thé que ma mère m’a apporté
Je ne regarde plus les tatouages sur mes phalanges
J’oublie que j’ai été conçu dans un ovule
Celan ne fait plus partie de moi
Et c’est bien ainsi
Car
Tenir c’est prendre du retard
Comme le dit Pessoa
le bain de merde
Je me suis jeté dans un bain de merde
C’est vraiment dégueu enfin t’imagines
Ya des gens qui font des bains de boue
Moi je fais des bains de merde c’est mon truc
Le poème que j’écris suite à ça
Est la consistance d’une multitude d’étrons entremêlés
Entre eux
Ensuite je me rince
Le poème se décolle avec la merde
Il a une odeur infecte
C’est ce qu’on sent lorsque quelqu’un te présente des mots et te dit
Que c’est de la poésie
Je prends une serviette blanche
Comme une feuille de citronnier ou de papier
Et m’essuie autant que faire ce peu
Et va savoir pourquoi ou comment
Il reste une mince pellicule de merde sur la serviette
Je la fous à plat par terre
Je me recule un peu
Et je vois se dégager parmi les différents bouts de merde séchés
Des mots
Ça garde son odeur infecte
C’est marronnâtre mais je peux bien apercevoir le poème
Je prends des bains de merde
Pour décoller de mon cerveau des poèmes
Parfois ça marche pas bien par ce que la merde est trop liquide
C’est de la merde de bébé souvent
Mais je te conseille la bouse de cheval
C’est bien résistant
Et ça se décolle facilement par fragments
Sur la feuille de citronnier
Voilà je crois que je t’ai tout dit
Ah non, j’allais oublier
Ce poème n’est pas une métaphore.
Pastiche Bukowski
je me suis réveillé dans le noir
il faisait encore nuit
j’ai fait un cauchemar où un essaim de cafards mouillaient me tête
de leurs fientes
j’ai gueulé et gueulé puis je suis allé dans la cuisine
il y avait un cafard rentré sous mon épaule
je l’ai écrasé et j’ai vécu comme un abandon
lorsque Linda est partie avec
ce fils de pute d’irlandais
j’ai décapsulé une
bière
j’ai appelé Linda elle ne répondait pas
j’ai appelé et rappelé
d’une voix pâteuse elle m’a dit d’aller me faire frire du bacon
ça m’a remonté le moral
j’ai sifflé la
bière
j’ai entendu un coup de feu je suis sorti voir ce qui se passait
j’ai vu les flics et le gros mec qui s’occupe des entrées et sorties
du motel
il m’a insulté de vieux pédés à la ramasse
je suis retourné dans la
chambre
j’ai pris une vingtaine de cafards qui me
restaient dans la main
et je lui ai enlevé son soutif et balancé les cafards dans son string
il y
a eu un deuxième coup de feu
j’ai rappelé Linda elle ne m’a pas
répondu
JE HAIS NOËL
rien que ténèbres en tête
noël venu franchement
rien que ténèbres en tête
et le christ rit franchement
j’ai adopté un chat je l’ai perdu
j’ai joué aux échecs et j’ai perdu
j’ai tenté de bander et ça n’a pas marché
le hijab de Taya est taché
de sang
j’ai regardé derrière moi et il n’y avait personne
sauf un poisson mort d’avoir trop craché
je bois de la bière qui s’efface
j’écris un poème et je le perds
je m’enfonce dans l’adultère et je n’utilise pas ma bite
le christ rit franchement
je lis bukowski et je ne me plaît pas à le faire
je laisse faire noël dans ma tête et derrière
je me suis enfoncé un gode et je l’ai perdu
dans mon cul
j’ai avalé du stilnox et je l’ai vomi
j’ai regardé par où aller cette fille et je ne l’ai pas suivi
car en moi mon être est tout indécis
j’ai préconisé aux scientologues à Bastille d’aller enculer leur mère
je me suis dit que ça leur ferait du bien
puis je me suis dit ça sert à rien
j’ai coulé le bronze dans les toilettes et je l’ai perdu
j’ai acheté un livre sur lacan et je ne l’ai pas lu
j’ai enduré le lever à 5h pour écrire et rien n’est sorti de mon cerveau
ou de mon corps
je sais jamais des deux
je suis allé voir Hartung au palais de tokyo et c’était fermé
taya n’était pas énervé
moi je l’étais
j’étais perdu
j’ai visité des palaces en reluquant juste les fenêtres vers Georges V
je suis mort à l’aube
je suis mort à midi
je suis mort et j’arrête
j’en ai trop dit
Le ciel c'est déjà bien
imaginer du ciel c’est déjà bien
pour celui qui s’en va
tâcher d’écrire la béance
de décrire la béance
pour celui qui s’en va
c’est déjà bien
puisque celui qui s’en va
ne part qu’à cause de la béance
décrire la béance est une action positive
pour celui qui s’en va
car pour celui qui s’en va
rien n’a plus d’importance que d’être celui qui s’en va
et les gens qui s’en vont
sont des gens qui font des actions positives
ils imaginent un peu de ciel
ce qui permet à ceux qui restent de voir un peu de ciel
ainsi je m’en vais du poème
et de la béance qu’il a pu produire
pour que vous voyiez un peu de ciel
voir un peu de ciel c’est déjà bien
La nuit et le jour
c’était dans la nuit et
partout se montrait la nuit et
la nuit semblait déserte
mon corps foulait la nuit
comme la nuit ne pouvait l’envelopper et dans
la nuit j’ai vu des yeux blancs qui
scrutaient la nuit comme la
nuit peut parfois nous scruter
c’était dans la nuit
partout se montrait la nuit et
la nuit semblait déserte
.
puisque le jour augmente
la lumière et que le jour nous
noie et
qu’il faut du jour pour boire
cette lumière
l’homme dira du jour
qu’il est un compagnon fidèle
l’éclairant
puisque le jour augmente
la lumière