de ma fenêtre
De ma fenêtre
beaucoup de poètes auraient choses à dire et ensuite écrire
moi je ne vois rien
je n’ai rien à dire et encore moins à écrire
il me semble impossible d’écrire sur rien
alors je ferme la fenêtre
même si l’air est suffoquant à l’intérieur,
chez moi
je m’assieds, fume une cigarette
la Lune en mémoire
rien à dire
par-dessus l’épaule
une ombre
je me retourne brusquement
mais rien n’a bougé
encore une chose que je tairais
encore
de la salive
sauvegardée
l'éther
j’ai un mort en
moi
je suis son cercueil
j’ai un mort
en moi
pour une minute de vie brève
Le jour passe
je suis content quand c’est fini
c’est-à-dire étrangement caméleonesque
je
m’habille avec ma veste Kooples hors de prix
j’écris un poème
et je vais acheter
du gin
la flash à la main radieuse
je reviens
je
pense à toutes mes meufs
et tous les dauphins
et je perpétue dans la
journée une
sorte de
frustration
que d’être né homme plutôt que chien
c’est alors qu’arrive
une meuf
dont je ne connais pas les origines
elle est seulement à la porte on m’a quitté
je veux la vraie vie
écrire
pour en finir avec le fait d’écrire
dans la nuit rien que le jour
une lumière je sais pas plus
écrire pour faire place à autre chose
mais toujours
écrire
même quand c’est la fin
même lorsqu’on a 84 ans
dérouiller les fils de pute
et les fils de
vierge
et encore ramener l’effort
au présent
que de se taper une journée encore
je suis faible quand je suis pété
et quand je suis pété
j’arrive à aimer quelqu’un
le temps d'une minute
DELACROIX
aux lettres :
les lignes
aux mots :
les couleurs
à cet homme :
le poème