Le bras purulent
je circule
je donne des ordres
ça me tue : l’on ne m’écoute pas
le bras est plein de bleus
au niveau du pli, du creux
une horde de préadultes s’incline finalement
ils obéissent à la chair meurtrie
souder
ma nuit labiale provient de l’injonction à se déshabiller
la horde de préadultes s’exécutent
creux de vie blanc, rose, couleur peau je laisse faire
mis à sac du ciel qui leur tombe dessus en un éclair
des sexes se montrent
tout à l’air normal
je circule devant eux
ils sont en lignes, prêts à n’importe quoi
moi
donnant ça et là des coups de fouet sur leurs sexes
les sexes faibles se rabattent, se recroquevillent
les sexes forts grandissent
je choisis un lieu où les emmener
à l’aube, je les emmènerai dans la tornade rougeâtre
il existe une pipe coloré d’or fou qui nécessite de la solidité pour qui accepte
et ils consentiront
et ils consentiront
je les éduquerai pour ça
ils sont rares ces enfants je le sais
je me le répète pourtant trop de fois dans la nuit
je leur montre mes bleus, encore
afin de bien mettre l’ordre dans le ciel étoilé
ils sentent que le bras n’est pas là pour être nettoyé de sa mémoire
mais pour les intimider, qu’ils aient peur de l’étoile qui n’a pas d’angle
l’angle obtus, lui, est un fait du minéral
qui, dans la fuite des instants après les instants, l’eau coulant sur sa peau,
invente l’or
je ne les invite pas à voir l’or que le minéral suggère dans sa mansuétude
ils seraient interloqués
« existe-t-il des lieux où l’on a pas besoin de l’espace mais seulement de la vue ? »
demandent-ils
je me garde de répondre
le mépris est trop grand
Je reviens à ma garnison, dressée, obéissante à cause de mes pierres folles entre les sillons des cerveaux :
« agitez pour moi l’oriflamme des gens qui souffrent »
- « bien monsieur »
et ils s’exécutent dans la chaleur du bidon ville.
Mon bras purulent toujours.
Note poétique
Je ne saurais rien dire de cet état préalable au jeté dans la mer que je m’étais promis. La parole, et chaque mot est une noyade dans l’irrespirable, l’angle obtus.
Une étoile vient s’agenouiller. L’étoile c’est le lieu où les angles n’existent pas.
À Sarah
je crois au soupirs suspendus entre deux êtres, rien d’autre
Réfléchi
Nommer la ChRose. La Chose de Lacan, le corps de la mère et l’innommable du mythe, et dans le même temps utilisé le mot Rose de Mallarmé, celle absente de tous bouquets
Utilisé ça pour un poème exigeant
Note poétique
La feuille devine l'homme
Réfléchi sur Mallarmé
La fleur absente de tous bouquets est l’idée antérieure au sensible de la fleur appelée par le médiocre de la langue pour communiquer, ce n’est pas telle ou telle fleur.
Il s’agit de séparer le « baiser de feu » à la « cendre ».
Mallarmé : « Une spirituelle Instrumentation parlée » est la forme que prend la poésie.
La poésie est donc ainsi, ce qui garde son secret : aucune formule ne peut la cerner, l'exprimer.
Elle est intraduisible en prose.
À Sarah
tu fuis, tu veilles
quelque chose comme
une autre fuite en moi
une fuite d’aube ou de midi
j’en sais rien
mais ma langue est poétique
et quand reparaît
ce travail sur le silence et la flamme
ce travail consciencieux
ce travail des signes qu’on appelle poésie,
mes mains levées et pleines d’ombres
m’excluent dans le hasard que de t’écrire
car ce hasard c’est toi
quand reparaît cette extrême limite à moi-même
c’est qu’elle n’est pas sans point de départ
et pourtant nul ne connaît le point de chute
ni moi ni toi ni les images
et c’est tant mieux
sinon il nous resterait que des corps
ma langue est poétique
elle te siffle t’attrape
te tue te souffle
elle est un cadeau comme un autre
mais dans cette veille
dans cette entente à la fuite de ma langue
où tu fuis toi-même dans le poème
nudité jeune cri
Note
« Dieu n’a pas d’unité
Qu’en aurais-je moi ? »
/ Pessoa /
La honte et le réel
Après avoir bée aux corneilles comme un mystique, un enfant passa au regard narquois, et revinrent la honte et le réel
Réfléchi
J’utilise Dieu à la racine