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Articles récents

La brouette

23 Octobre 2020

la brouette fait un songe et tout ce que j’ai vu

                        m’échappe – Un sens

            subsiste : oublié

 

les cailloux noirs de la plus petite estime de l’auteur que de voler aux autres

brouette                     je dis                           brouette m’échappe

 

            le sens n’a pas les moyens de parvenir à la surface de l’affectif hurlant

brouette                     mal passé par le trou.

 

                        air soufflé alcool justement inaproprié en toute circonstance même l’ombre de mon ombre – Toi, tu ne m’a jamais abandonné ; l’alcool est un phénomène antérieure au sens – avoir un enfant – je ne suis plus sûr de rien

bien

 

la brouette fait un songe remplit de cailloux noir esclaves du temps nocturne

            et de la facilité qu’ont les pédés de demander de l’aide

 

                        m’échappe soigneux privé pour aller en jail non que je sois pédé mais je suis jeune

 

 

            de la plus haute escrime cette quête incessante ressasse les pourtours méditerranéens je feins le retour de Calvi je joue aux échecs je sais y jouer

 

            subsiste le : oublié et tout ce que j’ai vu m’échappe – Un sens

                        subsiste je suis overclean je puise le baiser sévère

 

le brasier flamme occulte

esclave féminin rien n’a d’autre priorités purulentes que d’aller au supermarché je

sens que la

                                   brouette songe les cailloux noirs qu’elle transporte dorment

 

                        ainsi va la nuit courage

 

            limon

            verdure

            juste enfer

            ver sur le lit

            jeté dans le monde

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Anoushka

23 Octobre 2020

Anoushka

 

j’ai oublié les clefs dans la voiture, l’instant sera mon interprète

            je vais m’abonner au magazine le matricule des anges

et l’aurore s’incline sur ma trace

demain je verrai bien s’il y a urgence pour l’anaphore

j’ai les clefs                                                    elles sont dans ma main

et le temps s’est réfuté          je lirai des articles de littérature contemporaine

tout sera tranquille et bien mis

population et trisomie                       quatre arrêtes pour un carré trois pour le triangle

combien pour l’adolescente ? elle ne lira pas.

 

méprise si formidable donc l’anaphore n’est pas insituable dans l’espace précipité

                        du poème

 

je lirai des articles et le temps s’est réfuté

j’ai bien un enfant oui                                   sûr de ça

                                               brève est la couleur à l’aune du regard

 

                                               c’est elle elle ne me lira pas mais j’avais les clefs dans la main

                                               j’ouvre la porte arrière c’est encore un nourrisson

 

            l’instant est mon interprète je lui dit que je l’aime elle n’a que six mois   

 

 

                                   comme un guarani je pose des ponts sur les rivières

afin d’accueillir sa phrase, je la sors de la bagnole je la prends dans mes bras nous montons dans l’ascenseur dont l’annonce du cinquième étage est une probabilité que je ne néglige pas nous arrivons au cinquième étage elle est dans mes bras ronds

 

ma mère est présente à l’intérieur de la méprise formidable si formidable elle dit « bonjour ninoush » nous rentrons

 

je me suis habitué à porter l’eau sur mon dos                     cible silencieuse

les ponts sont construits elle commence à parler                pas d’inquiétude

 

comme un guarani je m’occupe de son arrivée au monde

 

je lui donne le biberon je n’ai pas de problème avec ça ça ne me dérange pas je fais acte de parole en lui bouchant la bouche pour la nourrir

 

elle voit dans l’éclair d’un regard que je ne suis pas quelqu’un d’immédiat

Elle sent l’Enfer

 

                        nous ressortons tous les trois au parc « tout le monde prenait l’air

                                                                                              De trouver ça vivable

                                                                                              Je décidai donc de ne rien dire

                                                                                              J’appris à vivre heureux                                                                                                        parmi les miens

 

 

 

                                                                                   Je ne me connaissais pas d’ennemis »

 

 

brève est sa couleur à l’aune du regard

y repenser déjà dérobe l’instant

elle est blonde blanche petite

 

je prends un coca elle dort dans la poussette

            le problème des clefs n’est plus de mon ressort

tout ce que j’ai vu m’échappe mais un sens

 

il y       a un sens

alors je retourne à l’objet

indiqué plus haut

fille blonde blanche petite

                        m’échappe en dormant je m’endors à mon tour

 

inaugural

et l’espèce humaine a compter il y a six mois une addition

c’est le rêve

                        la couleur sa couleur l’instant sera mon témoin

 

je la regarde je vais m’abonner au matricule des anges

                        elle ne me lira pas

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Baudelaire et Supervielle

19 Octobre 2020

On peut ne pas accepter le monde en tant qu’il est fondé rationnellement. C’est-à-dire par la mathématique ou plutôt l’ontologie des mathématique, la logique. C’est inacceptable. C’est trop évident. Il y a une autre acception du monde.
Pour exemple, la poésie ou l’art en général procède par interférence pour dévoiler une vérité. Une métaphore, qui n’a rien de logique, par exemple la passante évanescente de Baudelaire représentant la beauté n’est promis à une vérité (émotionnelle, sensitive) qu’à condition que ce même lecteur « accepte » de se faire dévoiler en lui une vérité sur une modalité de l’être, l’étant « Beauté ». Il n’y a pas de logique, il n’y a que l’intention de dérouter la logique, en faire un non-sens (une passante n’est pas la beauté, si une passante était la beauté alors nous n’aurions pas besoin du poème de Baudelaire pour découvrir la Beauté en tant qu’elle serait à chaque coin de rue où passerait une passante). L’intention poétique et son effet forme un tout dans l’émission (le poème) et la réception (la lecture) d’une forme affirmative quant à la vérité de la beauté. Celle-ci se déroule sur la scène de l’analogie, de la métaphore et n’a pas besoin d’une base référentielle logique. Le dire poétique est dit sur l’être (les étants qui le forment) par ce qu’il est écart et fulgurance holistique. Il est auto légitimé par sa simple affirmation. Il y a poésie et donc vérité qu’à condition que l’affirmation soit capable de donner du sens à l’être.
La philosophie, les mathématiques, la logique, ne donne pas de sens à l’être. Elles prennent des parties (les nombres, les hommes, les concepts etc…) pour en construire des systèmes homogènes de compréhension du réel et de son principe, l’être
La poésie par la précipitation verbale actionne un levier tout autre, un levier holistique, ce qui veut dire que l’ensemble que forme le poème est plus vaste que ses parties (!). Par exemple, la biographie du poète en question, le champ lexical, les figures de style, tout ce qui est la part analytique du littéraire du poème est dépassé mystérieusement par l’affirmation et l’événement hasardeux qui fait que le poème déborde le sens qu’on pourrait lui donner en fonction de sa dissection, de ses parties. Le poème est holiste, le poème accède par le Dire, la transformation du signifiant d’extraction de sa qualité logique au sein du code (la langue). Extraction mystique, inexplicable, mais qui donne sens au réel en tant qu’il le soigne de sa déchéance de n’être que matière ou idée (sensible ou idéale). Le poème élève la conscience à un état de confiance dans l’inexplicable (a priori inquiétant) car cet inexplicable réintègre le spectateur de la forme poétique à un signifiant plus élevé, inexplicablement plus dense, énigmatique et en même temps donne une quasi-certitude quant à la capacité du sujet à accepter le réel en tant qu’il n’a pas de sens.
Ce sens du non-sens du poème parle de choses essentielles parfois par des voies mineures (quotidien, « petits sujets »…) mais reste toujours sur la crête entre deux vides, d’un côté le vain effort logique de la mathématique de rendre le monde intelligible et de l’autre la causalité religieuse d’un principe premier expliquant tous les phénomènes du réel. Le poème est exactement là, par sa qualité à dire l’être par l’objet langage qui se pense toujours au-delà de lui-même. C’est la métaphore : la passante est pensée au-delà de sa simple présence physique par l’articulation au départ raisonnée d’une chaîne de signifiants pour enfin accomplir un retournement holistique de dépassement de la raison des signifiants par l’imaginaire du poète et son génie créatif. Ce retournement, cette punchline infinie rend raison à une vérité qui parle à l’intérieur du lecteur comme une évidence, une réminiscence d’un déjà vu, une explosion de tout rapport logique au monde, une inquiétante étrangeté qui fait naître en lui le désir de s’approprier l’espace que le poème lui a offert pour l’interpréter et devenir à son tour une sorte de poète. Une procédure de vérité s’effectue là, dans cette passation d’espace sémantique (le poète pose, le lecteur investi) et l’Autre n’est plus impossible. Le Réel n’est plus impossible. Il devient jouissance pour le lecteur. Il peut s’y confronter comme un fou se confronte au réel, c’est-à-dire sans intermédiaire. Le réel n’a plus besoin de logique mais d’affirmation sans référence pour être entendu, vu, senti, respirer... Penser.
Il en découle que le poème est appropriation d’une existence puisque cette existence se verra obligé d’affirmer avec le poème la virtualité de toute cause, de toute logique. Cette appropriation n’est pas perverse mais nécessaire. C’est que le poète en sa qualité de mystique, d’interventionniste sur la somme historico-littéraire avoue ne pas savoir tout en sachant tout. Le non-sens du poème est sauvé par l’intervention dans l’Histoire d’une énonciation nouvelle. Par exemple pour en revenir à Baudelaire : que la Beauté existe au-delà de sa participation aux formes mineures et partielles, mais existe dans l’articulation de phénomènes a priori (historiquement donnés comme a priori) anecdotiques ou basses et qu’elle se cache dans la vérité de son affirmation elle-même. C’est l’Holisme du poème de Baudelaire. Le Tout dépasse les parties. Il ne sait rien et pourtant sait tout car il a avec lui la volonté que le signifiant lui inflige, volonté de quoi ? Volonté de dire quelque chose d’essentielle dans un monde qui n’a aucune essence. Ni matière, ni idées peuvent être considérés comme essence. C’est précisément l’existence du poète, son affirmation dans l’Histoire par la volonté que lui inflige le symbolique, le signifiant à s’extraire de sa modalité simplement communicative, son existence donc, en jeu, pour donner naissance à de la vérité. L’existence rend compte du sens.
Le poème de Supervielle
« Ne toucher pas l’épaule du cavalier qui passe
Il se retournerait
Et se serait la nuit
Une nuit sans étoiles
Sans courbes ni nuages
« « Mais que deviendrait le ciel
« « La Lune et son passage ? »
Il vous faudrait attendre
Qu’un second cavalier
Aussi puissant que l’autre
Consentît à passer »
L’analyse du poème importe peu. Ce qui importe c’est l’effet qu’il produit dans son tout. Sans l’altération de l’espace qu’il procure. Le « Cavalier » nous met en position de recul vis-à-vis d’un réel dont on ne devrait pas toucher l’épaule, car il disparaitrait. Le « second Cavalier » c’est l’effet métaphysique du poème. Il englobe, s’il consent, c’est-à-dire si le spectateur consent, il avale le réel, l’être dans sa simple formule de donation, de consentement à donner du sens au réel. Même s’il est reste abstrait. « Mais que deviendrait le ciel ? » : mais que deviendrait le sens ? Le second cavalier c’est à dire le lecteur qui consent à investir l’espace sémantique du poème (le langage du poème) redonne du sens au réel. Sans que nous sachons bien pourquoi, pour qui, et comment ce sens se redistribue dans le système nerveux, perceptif du lecteur.
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le régime injuste de la poésie

19 Octobre 2020

Seul est le régime injuste de la poésie. Injuste car déplacé, et cela à chaque instant. Pizarnik cherche l’aube, je cherche le mouvement des petits crépuscules ; Allez ! Ce n’est pas la poésie qui rabote, taille la vérité : c’est la vérité qui use de son charme navrant sur la poésie. C’est à posteriori que se trace le champ. Lorsque l’on est heureux de la Fabrique. A chaque instant une césure de l’image, image instantanée, collée et horizon fixe. Alors le mouvement des petits crépuscules sans envergure. La vérité draine le faux, et c’est l’absence des signes et balises qui produit la poésie : elle, doucement, protège le Nom.

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Poésie de Dieu

19 Octobre 2020

 
C’est à l’image que revient le droit d’exercer l’influence du primordiale sur l’expérience de l’humanité.
Le premier artiste, se reflétant dans l’origine (laquelle ne peut se souvenir d’elle-même, son produit l’a effacé dès la première expérience logique ou iconique recouvrant le jeté de l’homme dans le monde) mêle son cœur à son esprit dans une nuit ou un jour propice à l’expérience que de tenir tête à la lumière et son rayonnement, fut-il beau, - il sera toujours ce qui fait l’ombre, l’ombre – mais maintenant approprié dans son négatif : la lumière aveuglant le premier artiste. Il cherche la Parole qui n’a pas besoin du Soleil pour dialoguer avec le Dehors, et tout autour de sa hutte, doit se jeter le hasard. L’homme advient, le hasard avec. Après dans le retournement photographique l’homme ne peint plus, il peint encore, il voit, il désigne le Mal, le Bien, le tabou, l’exception, l’animal comme formes incommensurable à sa destinée absurde.
L’appareil photographique : des couches de sédiments : conscience de l’origine à jamais inconnue à la dernière œuvre de vision d’un esprit enfuit en lui-même par le nihilisme que tout l’Être recompose et désœuvrant le berger le condamne à l’infini. Nulle entreprise comparable n’avait été tentée auparavant, il est le durcissement de la matière et l’évanouissement de la matière. Il se retire dans la nuit englobante et regardant son troupeau se fait le désignateur d’une première ligne continue – sèche – qui se transpose dans toutes choses auparavant polies comme la pierre de la rivière – et désormais polie par la reconnaissance immédiate, dont l’action de cet homme désigné pour la première fois dans le cosmos exceptionnel comme action positive sur la matière sculptant le totem et fuyant en lui le tabou.
L’image contre le tabou. Voilà la première enquête de Dieu à l’égard du commencement, il trouve des preuves, émet des hypothèses et se résout à conclure que l’homme pourrait ne plus croire en lui mais à l’image qu’il se fait de lui. Distinction importante. L’image, l’icône, la représentation, l’immédiat, l’immanence de la conscience pure commence toujours par un coup d’œil allant de la nécessité de l’homme à se répandre comme une bactérie et en lui-même se représentant les étoiles ou de l’arc en ciel comme présente médiate d’un être divin à un être moral. Bœuf et infinité. Nourriture terrestre et nourriture céleste.
Dieu abdique, il se servira de la bêtise de l’homme qui pose les questions primordiales à n’importe quelle image immobile dans la stagnation infernale de l’absence de parole retirée de l’élan du berger étant devenu lui-même Dieu.
Alors il porte un chapeau, la pluie tombe, l’obscurité s’épaissit, l’hiver, le givre glace et empêche la chasse, reste les grottes où la possibilité d’une transcendance païenne inscrite dans le basalte : bœufs, bisons, mammouths et même hommes eux-mêmes représentés comme s’ils leur fallait se retourner pour se voir. Car c’est derrière lui que l’homme comprend, tous les jours, après que le passé, le négatif se soit asséché, l’homme ouvre un Dehors terrifiant sur le futur. Comment comprend l’homme le futur, il ne le comprend, il ne peut que le nommer l’interminable. Il photographie les restes d’un feu, des outils servant à découper la viande, du silex, et la voix extérieure s’emmêle à la voix intérieure. Un souffle glacé parcourt l’ancienne bête devenu saint et homme donc infini, un souffle qui recouvre l’origine de la première image du Réel, de Dieu, de l’Inconscient, de la Puissance et s’éteint dans l’histoire éternelle, retour sur elle-même et feu tout latent porté à son comble lorsque la bête devenue homme s’imagine être resté bête simplement. C’est cela que contient la parole Divine dans l’imagination technologique : c’est que bête tu étais et bête tu seras. Même miroir depuis la nuit des temps, même musique du sable dans la marche avec un bâton dans le désert, même inutilité de la vie sur Terre, même invasion de la vérité et de la valeur, de la science et de la morale, de la bassesse et de la terreur.
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Poésie de Blanchot

19 Octobre 2020

Poésie de Blanchot
L’effrayant pouvoir du commencement atteint son sommet dans sa disparition et rend l’homme ignorant de son propre devenir. Alors il explique le monde par les Dieux, puis par le Dieu, puis par la Volonté et enfin par la science et l’art. ces dernières sont tout ce qui a plus de douteux. Car science signifie pouvoir infini et art, représentation infinie. Pour la première l’homme est l’étant dans le Réel le plus apte à s’automutiler jusqu’à l’extinction, car si le secret, si secret il y a, doit être appréhendé (et il ne sera jamais que hypothétiquement appréhendé) c’est par la négation de l’homme même que la science prend sa source en cette façon que la science a de produire uniquement et paradoxalement le Néant. Ou plutôt le néant est le commencement de la science comme appropriation de l’innapropriable. Le langage scientifique n’a pas de Dehors, il n’a aucune valeur dialectique. Il se contente d’être le même et le retour du même sur lui. Il croit être surappropriation de l’Être. Hegel puis Marx l’ont dit. L’homme technologique va supprimer son être même dans l’appropriation d’un Dehors impossible, chemin faisant, l’homme se heurte à sa finitude, et toujours têtu dans sa considération de lui-même comme ayant pouvoir sur le Réel (alors que c’est le Réel qui a pouvoir sur lui) va rendre son habitat, sa source de néant, dans la dialectique du savoir va au néant lui-même, Éternel retour qui ne crée aucune valeur et rend l’homme devenu anonyme aux prises avec ce qui a de plus dégoutant et de plus insidieux dans ce qu’il a le pouvoir de rendre conscient. La science est l’ennemi car elle médiatise l’homme du Réel, et rend le Réel encore plus obscur. La connaissance immédiate, la perception pure de toute chose rend infiniment plus compréhensible le Réel que toute construction chimérique de l’homme sur la matière. La Science veut la destruction du Réel car elle ne peut et veut n’avoir aucun rapport avec le Dehors, c’est-à-dire l’Autre, c’est-à-dire Autrui. C’est cette science même qui altère et désengorge le pouvoir de la matière, la beauté et la valeur que donne l’homme à l’amour ou à la mort.
L’art, lui aussi est douteux car comme la Science il ne fait pas de rapport direct avec le Dehors. Ou plutôt c’est le Dehors même qui rentre dans la précipitation créative de l’homme en son origine. Il n’a aucun besoin et ne produit aucun besoin. Il est l’impossible. Il est source d’accoutumance de l’homme à son besoin de se refléter. Le Dehors est son être. Il n’est plus que l’extériorité sans rapport nécessaire de l’homme à lui-même.
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Poésie, l'Infini Entretien

19 Octobre 2020

 
Nous cherchons à sauver les damnés. Nous trouvons la force reposante de nous exclure d’eux en les sauvant. Ce peut être un puits vide. Un vide de sens. Marx à nommer le damné comme prolétaire. Il y a chez le damné autre chose dont son Autre ne peut le sauver. C’est qu’il est le pouvoir même en puissance, la totalité retrouvée. Le souffrant est celui qui fait que le monde peut changer en son être, en sa structure binaire de classe selon Marx qui pressent que l’abolition de la propriété privé libérerait tous les damnés, les souffrants, les malheureux, en un mot les prolétaires de leur condition et cela vers une utopie d’égalité entre les hommes. Il est nécessaire donc pour un monde donné qu’il y est de la négativité, de l’inégal pour qu’à l’horizon nous puissions inférer une positivité. L’étranger devient le même. Le non-être se retrouve être. Mais il faut noter ceci : si la question d’un monde meilleur est possible c’est qu’en son origine il crée toujours de la négation de lui-même. L’union soviétique l’a montré comme la révolution culturelle chinoise. La négativité a travaillé à réduire le sédiment utopique en le transformant, en une redécouverte incessante du travail du négatif. Le monde sans classe de Marx est un monde virtuel où un autre monde inégal ou liberticide se forme. Ad vitam aeternam le monde virtuel débouche sur un monde réel dont l’origine s’ancre dans un désir d’un nouveau monde virtuel. C’est de la dialectique pure, qui forme une boucle ontologique qui part du non-être à l’être présent pour se synthétiser en désir de non-être à retrouver un être présent. Héraclite que Hegel et Marx lisait avait déjà entrevu cela.
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Le poème peut à ce niveau dialectique nous éclairer. De par son activité immédiate de renouvèlement de la pensée, forant dans le discours dialectique le sens du sens en sa qualité obligée de présence pure à la présence elle-même de tout discours sur l’être en train de se faire. Cette présence immédiate n’est pas une chimère, elle puise son origine dans la contradiction métaphysique que l’art demande à l’homme. Ce questionné de l’art sur l’homme, cette attente de réponse devant le poème demande à l’homme d’investir un espace clair, une ligne fraîche, une oasis où le sens du sens, c’est-à-dire le non-sens pensé comme sens puise en-deçà et au-delà de toute expérience du sens et retrouve son mouvement dans le dialogue incessant de l’homme à lui-même. Dieu est réprouvé et il n’existe que l’homme dans son absurdité absolu c’est à dire de n’avoir aucune base, aucune assise sur le monde de l’être sinon la pensée se pensant elle-même comme une boucle ontologique. Pourtant, en présence du poème, de l’art l’homme malheureux, l’homme absurde, l’homme dans le désert, le vide, le questionnement infiniment renouvelé de l’absurdité que l’homme incarne est appelé par le poème. Il va se confronter non à la logique du maître et de l’esclave, non à la dualité de l’enfer et du paradis (qui conditionnèrent l’espace métaphysique religieux) etc… L’homme va devoir dialoguer avec son origine et sa fin, avec la présence pure et l’absence de sens a priori. Il est dans le corps de l’homme des organes vitaux qui s’excitent nerveusement de par le stimuli du surgissement d’un événement (toujours hasardeux et qui l’oblige à la nécessité du dévoilement d’une signification dont l’homme sera mandaté et obligé de penser). C’est événement qui fait battre le cœur, physiologie atteinte dans sa matière propre, atteinte au bout de ce qu’elle peut supporter au vu de l’abstraction irréalisante de la vue d’un tableau qui frappe l’homme dans sa certitude auprès des vérités qu’il croyait à jamais stables. La sculpture rend compte d’un fait de matière abstraite car retiré du champ de la matière pour atteindre une signification secrète donc abstraite. Obligeant l’homme à chercher, au-delà de toute logique le sens qui le prélève du règne animal, qui l’oblige à se dépasser en se questionnant lui-même sur le non-sens de toute signification. Comme dit plus haut l’homme est au milieu. En deçà il y a la nappe de sens brut, au-delà il y a la signification de sa fin même. Où l’homme doit aller ? Doit diriger son regard vers quelle chose, quelle origine, quelle fin, quel commencement, quelle limite ? En cela l’homme souffrant est l’homme qui est déjà dans une signification ontologique, comme l’homme qui voit la statue qui fait vibrer ses nerfs et son cœur. L’homme malheureux est en état perpétuel de vibration devant cet absurde non-sens de la souffrance. Ici l’enfer des monothéismes peut nous éclairer. L’homme pêchant descend en Enfer, là où toute signification va le border dans une non-signification, un dialogue impossible avec son extériorité, le renvoyant toujours à lui-même dans sa chair suppliciée. Un dialogue impossible. Une pensée de soi sans dialogue est interdite par le fait que l’homme détient sa signification dans l’alternance de la parole proférée et la parole entendue en retour. L’homme dans l’Enfer est un non-homme. Le prolétaire n’a pas de signification puisqu’il souffre de l’absence de langage. D’un point de vue politique il faut donc constituer non une utopie marxienne mais un rapport universel des hommes entre eux pouvant avoir dialogue. Langage et absolu sont synonymes.
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Je lis phalliquement

19 Octobre 2020

Je lis phalliquement pour avoir le phallus pour qu’on ne me dise pas chut pour que je ne sois pas du côté de la soumission pour que je ne sois pas du côté de la femme mais de l’homme tel que j’apparais à moi-même je range du plexiglas j’ai des armées de casques de podcasts j’ai une bibliothèque je suis le bibliophile puissant je dis la vérité contre la vérité je m’exprime dans un tremblement de terre je n’achève jamais mes phrases elle sont toutes ouvertes et fermées à la fois mon corps a un sexe je montre ce sexe aux gens de facebook et d’over blog je fais de l’escrime je suis exprimé par ce que je lis ce que j’entends je fais œuvre grande œuvre je m’engage dans la partition de musique dodécaphonique compliquée je parle au-delà je jure je promets je n’admets pas avoir tort je suis une bombe et lorsque j’explose je n’ai plus de salive à mesure que je m’exprime théoriquement bien je n’essaye pas de trouver je trouve je suis une bête qui mange de la viande avec la parole je range les mots en lieu sûr je n’écris pas au tableau je sais déjà je suis en avance sur le temps je ne rigole pas de mes blagues car ce ne sont pas des blagues mais des énoncés vrais ou beaux je ne suis pas un transsexuel je ne suis pas une femme je suis en possession de mes moyens je suis nerveux le corps est nerveux mon corps explose de mots jaillit de moi de la lave je suis l’etna en soirée je prends le contrôle du domaine privé au déjeuner je prends le contrôle sur le domaine privé j’insiste mon monde pour être phalliquement doté j’ai un phallus je l’utilise je prends compte de moi dans l’espace je prends ma chair au sérieux j’irrigue mes veines d’art brutal je suis un lutteur je suis un monsieur je suis un poète je sais que je suis un poète puisque c’est moi qui prédis s’il il va y avoir beau temps ou sale temps j’habite la forêt dans les plus hauts arbres je touche avec les mots de nuages je connais le maniement esthétique de la glaise je fais œuvre sculpturale je m’interdits de m’interdire j’éructe de la vérité pour ne pas sombrer dans le chaos de mes pulsions je dois aux dieux d’être ce que je suis je ne suis pas personnel les livres me l’apprennent je suis universel au café à une fête à un dîner le matin le soir le midi je suis le vrai je ne tombe pas je m’exerce à ne pas tomber je ne cache rien je suis tout entier le moyen de parvenir à mes fins je suis pervers je veux avoir raison je ne veux pas être soumis car je serais castré je note ce que dit le monde c’est-à-dire ce que disent les gens autour de moi je me double d’avoir raison mon double est phallique moi je suis la parole qui parle le phallus je ne suis pas angoissé je suis nerveux je suis de la bagarre je m’éternise dans les mots les signes les sons les gestes les feuilles les arbres les nuages je sais que je peux écrire de bons poèmes comme des mauvais mais ça je le sais moins je suis un orage je suis une aurore boréale je suis le commandant en chef je suis le vent qui caresse sous les chemises l’été.
C’est un peu triste tout ça.
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Le poème et le photographe

19 Octobre 2020

Choisir entre le brut et la chair. L’écriture diffracte la raison, ce choix susdit c’est celui du pari entre le raisonnable et l’arraisonnable (ce qui veut se maintenir sans raison). Écrire un poème est une expérience qui a lieu dans l’un ou l’autre. Les mauvais poèmes appartiennent, vous l’aurez bien senti à la première catégorie – même si dans l’histoire de la littérature la raison a pu parfois faire grand bien.

Le brut raisonnable, à polir certes mais à engendrer d’une pensée dialectique, symboles puis référent, réalité nommée du dehors. Extralinguicisme.

Lorsque j’écris, je ne sais plus bien qui je suis, le monde des sens se troublent, Rimbaud l’a dit comme Lautréamont, et le clavier allumé est le réceptacle à des rites antiques que je sais savoir tout en ne les sachant pas. Ils apparaissent, sorcellerie du présent hanté par les plis et replis dans la conscience universelle et génétique.

Rimbaud veut se faire voyant car il voit qu’il n’y a que le monde invisible qui puisse exister. Le monde catégorisé par le concept n’apporte pas la présence immédiate, la saveur de la nuit froide où pieds et mains liés nous sommes libres et certainement c’est la nuit que les fantômes renaissent et résonnent de leur époque ancestrale. Ou bien devant une église arménienne faite d’un roc solide et de voutes romanes associant l’immédiat au passé. L’espace au temps perdu et pourtant toujours là dans l’étonnement d’une forme nouvelle, qui, en acte, sera objet poétique.

            La croissance en nous d’une fureur, lorsque le petit clapotement du clavier dégénère nous le cherchons, je le cherche dans la machinerie chimérique de la langue. Je veux, et c’est assurément une pulsion qui vient d’un autre qui est toujours moi : avoir la pensée du poème, son rythme, sa saccade et un lexique agencé tel afin que ce qui se lit ne se voit pas.

            Tout est là. Ce qui se lit ne se voit pas, c’est dans le contre-ciel, dans le dérèglement des sens, dans l’idéalité vide que je me procure la vision d’un poème qui n’a pas de référent. Une abstraction totale, infini, replié sur elle-même, rebondissant sur les autels toltèques et papales, crachant à la Lune et maintenant l’absence de raison (je ne dis jamais mes raisons), l’arraisonnable jusqu’à l’expérience-limite d’un dehors contigüe au-dedans : implosion sacrificielle : qui est beau et n’a pas d’ailes : moi.

            Maintenance de l’ordinateur dans la tornade, tempête dans la mer du nord qui amène le limon et la montée des eaux : des pages word remplis : Bruges est bien devenu un port. C’est que pour arrimer la langue il faut se faire navire et les flibustiers sont les mouvements craquants des doigts qui s’élargissent et se rétractent, mouvement anormal, arythmique, mais phonique. Le matin est glacial, tous les matins sont glaciaux : c’est leur but. Leur but est de remplir l’incarnant en prospectives diverses. Tourner les pages de Ponge ou de Quintane et remplir le document word. C’est ça l’avancée de la lame de fond : ce sont les autres poètes glacés morts ou vifs qu’importe pourvu qu’ils pullulent et se ressemblent.

            La neige tombe. Je la photographie, instant primordial de l’image pourvu qu’elle n’ait pas de but, elle… L’image photographique est semblable au vers : il en va de l’instant qui ne va vers rien que retour sur lui-même ou au plus profond retour sur le néant. Le vers d’après, la vision non-conceptuelle d’un film, d’un clip, d’une photographie, ce vers d’après l’image reconnue comme ressemblance, icône c’est le cheminement vers la parole.

            Image et mots, aqueduc vers le poème, promenade solitaire sur le pan sacré de La montagne magiquede Thomas Mann. La neige tombe et l’appareil, ou les mains, ce qui revient au même creuse une béance entre le néant de la matière et la présence pure d’un acte en creux. Depardon savait distinguer le néant de la ressemblance et la capture du néant revenu au présent.

            Une image, imago est, si elle se sous-entend elle-même toujours refus du néant ou bien néant néantisé. Comme les peintres qui peignent ce qu’ils ne peignent pas : Turner, Poussin, Goya…

            Le poème a de la chance dont il souffre, c’est qu’il doit rendre compte du hasard mot pour mot. Chance car le hasard est lui-même le tribut de l’homme, de la conscience et de sa liberté mais souffrance car le but est médiat alors qu’on veut acquérir du hasard une connaissance parfaite de ses combinaisons comme l’image le fait en un instant. Évidemment il y a de bons et de mauvais photographe, bons et mauvais metteurs en scène. Mais le hasard est pour eux plus une question de mot mais d’angles. Un angle in situ, le hasard advient, le moment de déclencher la photo puis on admet l’arrivée de la fin d’un hasard enfin capturé, d’une concavité de la matière absorbée dans sa différence, sa hasardeuse différence de ne jamais se retrouver la même.

            Je me déchire chaque fois que j’écris entre ce hasard, cette condition qui commande et la complaisance du bon mot. Il est très difficile d’écrire juste car le juste n’est pas le milieu, la règle classique, mais la narration par la parole d’une chose à la place de l’autre toujours en double-fond (comme la peinture). J’écris « vite » et instantanément « vite » n’a plus de vitesse. Il faut doubler le mot « vite » d’une énergie qui se symptomatisera au déclenchement d’une image de la vitesse. Et l’image de la vitesse il faut la trouver. Et c’est compliqué car on ne peut réécrire du déjà écrit, il faut tout à fait inventer.  

            Le poème est toujours avant tout, il est a priori, il n’existe pas dans le réel comme nous le font croire les bandes de performers qui réduisent l’existence poétique à sa formulation situationnelle quelle qu’elle soit. Le poème doit puiser sa source dans le rien et en finir en « rien » que l’inanité sonore. Il peut être dit, moyen, au plus, d’un exercice pour sentir le rythme que l’aboutissement d’un travail. Il doit rester un dossier mental, qui n’a pas de référent, et si la performance veut absolument situer le verbe sonore dans in situ il doit déployer son retour sur lui, son inaboutissement. Car l’art est inaboutissement de la nature, la mimésis des performances n’est que la nature faite réel d’un poème qui ne doit rien à la nature et se retrouve en lui-même, dans sa présence, dans son angle, sa concavité, sacré du livre ou de l’image du livre.

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24 Juillet 2020

Je me lève vers le toit

D’autres se sucent les points noirs de l’oreiller

Je me lève vers le toit 

            Le café du nuage gris

                        L’antenne attrape les signes de l’URSS 

 

Geste à peau

Je me vois mal conduire

J’ai des élans de condor

Des brûlures sur le cul il fait si chaud

Je m’envole de Dissay-sous-Courcillon

 

 

                                    Les chaudrons sont pleins à craquer de cocaïne

 

 

Je signale au lecteur mon attrait pour la cocaïne mon bec

Fume une clope

 

Allie est là mais rien n’y fait

Je bouge sur la toile

Mes ailes d’or n’en finissent plus d’être de la pisse

 

Un morceau de sucre                                    palme paille

Mark Twain                                                   on m’a dit que c’était bien

 

Je suis trou bémol remastérisé d’une chanson de La Femme

Sous terre je les connaissais

A l’air c’est du fooding street food frites McDo

 

Moitié remplie de sirènes moitié remplie de poulpes

Elle est ma sœur de chatté

Chatté moyen de servir l’expression littéral fume

Fume je reviens à la maison de la campagne de la Doriane

J’y retrouve mon bébé street food asian company

 

                                    Je n’ai pas d’espace entre les étoiles pour prier

                                                   Je n’ai pas d’espace entre mes mains

                                              Anoushka est la plus belle chose que

                                                                       J’ai produite dans ma vie

                                                              Elle est tout ce qui résiste à la mort

                                                                 Elle est ce que l’on appelle la vie

 

Des hordes de soldats se ruent en 1925 sur les paillettes

De madame paillettes

Marion Cotishit

 

 

Le rêve du jeune homme se formule ainsi : assassiné la bêtise de Behar

Le rêve est excausé

 

Les lois ne sont pas des lois elles sont le fond imaginé par les métaphores

 

Les limites de mon langage sont les limites de mon ombre

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