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Réfléchi sur la main tendue Bukowski / Houellebecq

19 Décembre 2019

Et si, la phrase de Bukowski et de Houellebecq serait prise par eux comme un corps en tant que ce sont des pervers notoires ? Étrange phénomène qui expliquerait l’empirie, la réalité, le fait matériel de leur fond névrosé. Leur facilité d’écriture et leur génie.

 

La poésie de Bukowski est immédiate. Elle ne passe pas par la dénotation ou la métonymie, car elle est directement innervée dans le cerveau du lecteur sans médiation possible. Il narre des épisodes de son existence (triste existence) avec drôlerie et se contente d’assimiler les signifiants au signifiés linéairement ; bien sûr il peut y avoir de la contingence et le texte peut vibrer sur la corde d’un piano mal fagoté. Mais il reste que son texte est plaisir, non jouissance car ostracisé par l’auteur même dans un rôle de bouffon à qui il arrive d’être aimé ou d’aimer (deux charnières fondamentales dans l’écriture, dans la production d’un texte) et d’utiliser toujours le bord, dans la distribution de la langue, sage et canonique. Rien à voir avec un Celan ou un Lautréamont qui n’en finissent pas (s’épuisent-ils ?) d’actionner l’effet de violence de la création lexicale, et syntaxique pour arriver à s’accepter comme Sujet du Sens et Exception. Non, pour Bukowski tout se passe dans la sortie de la poésie, la sortie du texte, par l’inerte, le confondant banal. (Exception faite de la finesse tactique du ou des derniers vers des poèmes qu’il maîtrise superbement : on est toujours troublé par une énigme à la fin d’un poème de Bukowski : elle est plate ou en volume, cela dépend du texte).

Bukowski ne retourne pas sur lui-même le langage ; il lui sert juste à exprimer une intuition, une mise à nue d’une idée qui s’élabore (il était tout le temps ivre, je me demande bien ce qu’il aurait écrit sobre) tranquillement, souvent : avec une suite de syntagmes faits de mots simples, de mises à la ligne pour déverrouiller une certaine cadence et aussi : son vers de fin pour atomiser la compréhension dans l’émerveillement devant l’acte pur que l’on vient de se prendre en pleine gueule.

Qu’en est-il de Houellebecq. Et bien c’est la même chose. Ses romans (je ne parlerai pas de sa poésie) sont cadencés à un rythme classique, la forme est nue, les mots sont simples, les phrases claires. En gros ce qui intéresse Houellebecq c’est ce qu’il raconte et non pas comment il le raconte (ce qu’on a trouvé un peu chez Bukowski). Le bord canonique fait le texte et pourtant, comme chez Bukowski il se déroule au cours de la lecture une surimpression, un langage sur le langage (que Bukowski arrivait à réifier par l’amour) dont l’effet est immédiat de justesse. Il faut noter que les thèmes ne sont pas exactement les même mais la subversion (non langagière mais sociale) du texte, de la littérarité du texte est profondément marquée dans chacune des deux écritures ; Houellebecq décrira une scène de pédophilie avec un brin d’humour et Bukowski évoquera l’énième beuverie avec toutes les merdes qui s’ensuivent.

 

Je peux conclure en évoquant le fait que Bukowski comme Houellebecq, ne se préoccupe que très peu du signifiant, du mot, de la forme de la phrase ou du vers (avec des exceptions chez Bukowski comme son retour à la ligne et l’extrême pauvreté de son lexique) et qu’ils sont tous deux très résistants à la théorie littéraire ou la formalisation des textes comme Sollers ou Chistophe Tarkos.

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Conclusions

19 Décembre 2019

 

une voix

je ne l’entends pas bien

mais je discerne quelques mots

« je ne la regarde pas », « elle passe », « elle est fraîche »

rien d’autre

je contiens quelque chose en moi

mais c’est flou

ces phrases touchent à

l’infini turbulent

elle m’exhorte à écouter ce

qui n’existe pas

une voix

celle-là et intérieure

et résiste à quelque chose dont

je ne connais pas

le nom

je me mets à trembler

de plus en plus

puis rapidement,

à convulser

les gens autour de moi me portent secours

je suis tout tremblant de bonheur

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19 Décembre 2019

Je me peindrai en blanc chaque jour comme si c’était le dernier

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La carte bleue

19 Décembre 2019

« j’écris pour ne pas être fou »

/ Bataille /

 

Il fait signe au serveur de sa main en imitant une sorte de gribouillage dans le vide : il veut la note. Il veut payer et partir. Il est pressé. Le serveur arrive, l’homme sort sa carte bleue, paye et part.

Le poème prend fin. Ou est-ce le début ? Ou encore : a-t-il commencé avec ce mouvement volontaire de gribouillage dans le vide car il savait comment faire avec sa main, le pouce et l’index comme pour tenir un stylo. Est-ce de la littérature que de dire ça ? Que de l’écrire ? Le poser ?

Il aurait écrit un poème dans le vide, dont je suis l’unique témoin sans compter le serveur sous ce soleil qui éclaire de tout son feu la terrasse. 

Il est parti. Il a payé et est parti.

Ce que j’écris ici a été déclenché par le hasard de l’avoir vu s’affairer à quitter le restaurant en payant ce qu’il devait. L’homme, le poème est là, ou autre part. À côté peut-être. Ou dedans.

Le poème de l’événement qu’à involontairement déclenché en moi cet homme je me demande ce que ça peut bien vouloir dire ?

Un poème qui est traversé de soleil, de chaleur, de café, de plats finis ou de plats en passe

d’être finis, une carte bleue, des doigts qui signent le vide.

L’extrême pointe de réel ici là qui me procure ce plaisir que de le décrire.

La vie qui soudain s’élève à la littérature. Dans la droite et juste description sans nombres ou alors avec de faux nombres. La virtualité de n’importe quelle phrase aurait pu décrire ou plutôt absorbé ce pan de réel. Mais j’ai choisi celles-ci.

Est-ce ça être réel ?

 

Ne le dites à personne mais je crois que j’ai écrit

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Réfléchi sur ma poésie

17 Décembre 2019

Réfléchi

 

J’appellerais mes poèmes ainsi : dysfonctionnels. Ils ne fonctionnent pas. Non au sens sensible : ils peuvent fonctionner en touchant le lecteur ; mais au sens d’un processus de rédaction : lorsque je démarre l’écriture d’un poème, l’évènement qui survient est un retournement, une cavalcade sémantique où le point de chute (la conclusion par un point du poème) est pris dans les rets de ma propre hallucination : l’image est bordée par ma psychose interprétative et cette dernière est défectueuse, trouée ; ce qui donne à l’écriture-évènement la qualité de brisure, d’annihilation du sens à cause d’une conscience morcelée qui ne prend que des bouts de réel pour les réifier dans un sens, un paradigme syntaxique refoulé pour être recraché en un jet de « poère ». J’appelle « poère » le temps du poème et de son père : le temps du Sujet et de son Sens. Mes poèmes ne veulent presquerien dire. Tout se trouve là. La psychose a un discours du presque-rien. Ce discours ouvre une petite lucarne sur un univers (la réalité) dont il n’est pas en mesure de le décrire sinon par le sujet-évènement. Événement hasardeux donnant lieu à une nécessité (Mallarmé) : la vérité immanente du poème comme acte absolu et arbitraire. Vérité aussi que le lecteur doit assurer en acceptant le presque rien du poème, presque rien qui fait sauter toute norme du langage au moment précis où le l’événement de l’écriture du poème s’instruit.

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le bien public

17 Décembre 2019

 

Dans toutes les veines du bien public

il y a une tempête pour les morts et les vivants

je préfère le dire

on pose les bases comme ça

 

une forêt c’est du bien public

 

je me caresse la main avec le stylo

stylo qui caresse la main se trouve à devoir

branler

eric zemmour

et bhl

pour

le bien public

 

où est passé l’écureuil, le cerf, la faon le rossignol

et leur forêt

ils sont passés à coup de pieds au cul

dans le domaine

du bien public

 

comme l’or, les dolmens, les galets et les quartz

à coup de pied

hop

dans le domaine du bien public

 

et eric zemmour et bhl chantent en cœur

inlassablement 

le bien public

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les os et la raison

17 Décembre 2019

mes os en savent plus que ma raison

la façade de l’immeuble est taggée

je ne dis pas non aux morts

ils en savent quelque chose

je n’ai pas envie de boire

un enfant va naître 

et transformer ma vie

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Ma fille

17 Décembre 2019

le rêve que j’ai fait

les détails sont toujours intacts

mais loin de moi ma mémoire

je fume une cigarette

il est 7h du matin et j’ai

besoin 

de vos bouches pour me rappeler

à ma mémoire les déplacements

les sauts les figures

l’action que je ressens en moi

je regarde les photos 

de l’échographie sur mon portable

ma solitude miaule

3èmecigarette

Toujours l’écrasement du rêve

dans la tasse disney il reste

encore un peu de café

j’y trempe mes lèvres

et tout d’un coup

je n’ai plus besoin de vous :

j’ai rêvé de ma fille

je vais être père

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Ezra Pound

17 Décembre 2019

 

Ezra Pound est incompréhensible

Le matin très tôt j’ouvre « los cantos »

Puis

Je les referme aussitôt

Je fume une cigarette et les rouvre 

Avec une ténacité que je ne me connaissais pas

Je ne veux plus fuir l’inquiétude je pense que

L’inquiétude

Que procure un décodage

très tôt le matin

En fumant des cigarettes et en buvant du café est

Un signe de bonne santé mentale

 

Il y a des gens que je connais qui préfère fuir

 

J’allume encore une cigarette

Bientôt je vais le rouvrir

 

Surtout ne dites à personne que j’ai fait ça

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DITS SUR OEUVRES HANS HARTUNG

15 Décembre 2019

DITS SUR OEUVRES HANS HARTUNG

LA MALADIE RONGE ET

LE SECOURS FINI

LÀ OÙ IL AURAIT DÛ DÉMARRER

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